C'était inscrit dans ses gènes : le secteur de la distribution s'est massivement orienté vers Eco-Systèmes pour s'acquitter de ses obligations en matière de collecte des DEEE ménagers. En effet, il fait partie des membres fondateurs de l'éco-organisme, à travers la FCD (Fédération du commerce et de la distribution). Eco-Systèmes revendique treize enseignes parmi ses adhérents (certaines d'entre elles mettant sur le marché des appareils électriques et électroniques en leur marque propre, donc s'apparentant à des producteurs) et a passé des contrats avec trente-quatre autres enseignes et réseaux. Ce qui lui donne droit à 95 % du gisement que ces magasins l'eco-organisme parle de 9 000 points de collecte nt être amenés à collecter. La société agréée préfère d'ailleurs parler en habitants-consommateurs : sur 63 millions de consommateurs, elle en dessert ainsi 60 millions. Ecologic hérite des 5 % restants, notamment des enseignes de bricolage et d'outillage, ERP ayant fait totalement l'impasse. Avec ce quasi-monopole, Eco-Systèmes s'offre un gisement qui, en masse, sera sans doute supérieur à celui qu'il récupérera via le service public, dans les déchèteries des collectivités locales sous contrat avec lui, étant entendu qu'à échelle nationale, la distribution est censée collecter autant ou presque que les collectivités. Il s'octroie, en particulier, la totalité des collectes de la vente à distance (lire à ce sujet EM n° 1654 p. 38). En présentant un premier bilan mi-juin, la société agréée le reconnaissait : l'essentiel des 37 500 tonnes collectées jusqu'à présent provient de la distribution. « Le fait qu'il n'y ait pas l'intermédiaire de l'Ocadeee [lire le premier article] facilite les choses et, surtout, la distribution a une obligation de reprise, à la différence des collectivités locales », souligne Véronique Poirier, directrice de la communication d'Eco-Systèmes.
On compte donc beaucoup sur les distributeurs, et c'est une bonne raison pour soigner la présentation. Or une rapide tournée des principales enseignes montre que la collecte des DEEE n'est pas le service qu'elles mettent le plus en avant. Autant l'affichage obligatoire de l'écoparticipation semble bien respecté, autant il faut souvent chercher pour trouver où déposer son vieux matériel, bien que la reprise « un pour un » soit systématiquement mentionnée dans les catalogues et autres prospectus. Et pour cause : les magasins ne voient pas forcément d'un bon oeil le fait de devenir, en quelque sorte, une annexe de la déchèterie, même si le client y vient, en théorie, dans l'optique de racheter un appareil neuf du même type (les plus scrupuleux lui demanderont même son ticket de caisse). Exception : les lampes, pour lesquelles ils semblent moins traîner des pieds, au point parfois de disposer le carton de collecte dans le rayon des lampes neuves. « On séduit les magasins en leur disant qu'ils pourront mettre leurs propres lampes dans le carton, avec celles ramenées par les particuliers », confie Hervé Grimaud, directeur général de Récylum, l'éco-organisme des lampes. Parfois, c'est juste une question d'information et de personne : le matériel de collecte a beau exister et l'encadrement du magasin connaître le sujet, le premier employé à qui le client pose la question est souvent... le vigile de l'entrée, qui change fréquemment et n'a pas forcément l'info. À l'inverse, reconnaissons aux distributeurs ce zeste de zèle : beaucoup vont au-delà du « un pour un » et pratiquent le « un pour zéro », en particulier pour les lampes et le petit électroménager.
Le PAM, nouveau venu
Il n'y a guère que les précurseurs que le lancement de la filière nationale n'a pas bouleversés, Darty en tête. « Pour nous, la nouveauté a été de collecter des gisements inhabituels comme les écrans et le PAM (petits appareils en mélange, NDLR) », rapporte Serge Amiard, président de Darty. Même son de cloche chez Casino, qui déclare ceci sur le site Internet d'Eco-Systèmes : « Comme nous pratiquions déjà la reprise en livraison pour le gros électroménager, nous n'avons pas réellement enregistré d'explosion de volumes. En revanche, les clients, désormais, nous rapportent aussi leurs petits produits. » Darty prévoit 600 tonnes de PAM sur un an. « C'est là dessus qu'on jugera l'impact de la directive DEEE, commente Véronique Poirier. On n'a pas le réflexe de se débarrasser de petits appareils comme on le fait du gros électroménager à la livraison. Acheter du PAM neuf, un rasoir électrique par exemple, est souvent un achat d'impulsion. Ramener l'ancien après coup signifiera donc que le message aura fonctionné. »
Comme pour la collecte en déchèteries, le PAM a son contenant à lui tout seul, en l'occurrence des palettes-boxes en métal ou en plastique (voir ci-contre). « L'essentiel est que la distinction entre les quatre flux soit bien respectée », insiste Véronique Poirier. En somme, le magasin peut parfaitement mettre à disposition de ses clients une borne de dépôt unique, par exemple au service après-vente, si derrière les employés font le tri des quatre familles. Et, comme pour les collectivités locales, le « point de collecte », puisque telle est l'unité que retient la filière (plusieurs magasins pouvant faire converger leurs stocks vers un seul point), veillera à massifier ses stocks afin de faire enlever le plus d' « unités de manutention » (UM) possibles chaque trimestre. En revanche, là où les collectivités ont comme seuil minimum d'enlèvement 8 UM, la distribution hérite de 7.