La méthanisation de la fraction fermentescible des ordures ménagères (FFOM) avec valorisation du biogaz s'affiche comme un moyen efficace de limiter le volume de déchets mis en décharge ou incinérés. Tout comme le compostage. Alors comment choisir ? C'est pour disposer d'une évaluation objective du bénéfice environnemental des filières de valorisation du biogaz (électricité, chaleur, cogénération, carburant) que Gaz de France et l'Ademe ont commandé une analyse de cycle de vie. Réalisée par le bureau d'études RDC-Environnement, en Belgique, et expertisée par Bio Intelligence Service, cette ACV a comparé huit modes de valorisation à travers quatre impacts : la consommation d'énergie primaire non renouvelable, l'effet de serre à cent ans, l'acidification de l'atmosphère et l'eutrophisation des cours d'eau.
Les résultats sont globalement sans surprise : la valorisation du biogaz est toujours favorable en matière d'économie d'énergie primaire et de gaz à effet de serre. « L'intérêt de l'étude est de le prouver par A + B et surtout de le chiffrer », explique Yannick Leguern, expert ACV de Bio Intelligence Service. Bien malin, effectivement, celui qui aurait pu hiérarchiser les options, d'autant que, selon les impacts étudiés, chaque filière tire son épingle du jeu.
L'étude a le mérite de ne pas se focaliser seulement sur l'énergie, mais aussi sur l'eutrophisation et l'acidification, souvent aggravées par la méthanisation. On comprend vite qu'entre valorisation du biogaz et compostage, le choix doit se faire selon le contexte local. Une sensibilité plus forte du milieu à l'acidification ou à l'eutrophisation peut inciter à favoriser le compostage direct de la FFOM. Les auteurs insistent aussi sur la nécessité de rapporter les gains (calculés pour 1 Nm3 de biogaz) au taux d'utilisation réel. Celui-ci dépend du dimensionnement de l'unité énergétique ou des variations de la demande (débouché pour la chaleur en été, utilisation des véhicules...). Il apparaît que, si les besoins en chaleur sont ponctuels, variables ou réduits, mieux vaut s'orienter vers la cogénération que vers la production thermique pure.
Le contexte local
En chiffrant tous ces impacts et gains environnementaux, l'ACV permet des études locales objectives. Elle pointe aussi les déficits d'information. Les émissions d'ammoniac, de méthane et de protoxyde d'azote lors du compostage (de la fraction fermentescible ou du digestat de méthanisation) sont mal évaluées. Une réflexion est aussi à mener sur la situation particulière du mix électrique français : avec un impact sur l'effet de serre faible (du fait du nucléaire), sa substitution par une production issue du biogaz n'apporte pas un gain majeur. Mais cette ACV n'intègre pas les impacts propres à la production électrique nucléaire et des opérations locales peuvent conduire à préférer la valorisation du biogaz à une production en centrale à gaz, car elle devient intéressante en matière d'effet de serre. Enfin, l'étude ne tient pas compte de toutes les évolutions technologiques : une épuration du biogaz avec une moindre perte en méthane pourrait modifier le positionnement de la filière carburant sur le critère effet de serre, une combustion améliorée du biogaz réduire l'acidification ou un traitement des eaux de méthanisation, réduire l'eutrophisation. Autant d'options que cette première ACV a le mérite de lister.