Parmi les déchets de la pêche et de l'aquaculture figure la chitine, constituant de la carapace des crustacés. On la transforme par désacétylation en chitosane. Ce polymère de glucosamine, un sucre azoté, intéresse l'agroalimentaire, le traitement des eaux usées ou la cosmétique, car ses applications sont multiples : enrobage, piégeage des métaux, action émulsifiante ou antimicrobienne, etc. Cependant sa viscosité et sa faible solubilité le handicapent. On lui préfère ses sous-unités, les oligomères, voire les dimères, de faible poids moléculaire, solubles dans l'eau, biologiquement actifs et aptes à franchir la barrière intestinale. Mais les obtenir n'est pas aisé : il faut d'abord acidifier le chitosane pour le rendre soluble et miscible à la chitosanase, l'enzyme qui le dégrade. Et quand les molécules sont à taille voulue, on arrête la réaction enzymatique en ajoutant de la soude. Enfin, il faut éliminer les sels minéraux formés. Autant d'opérations qui ont un impact environnemental non négligeable !
Laurent Bazinet, chercheur à l'université Laval (Québec), a trouvé une solution plus propre. « La technique d'électrodialyse avec membranes bipolaires fait les trois opérations en même temps, et sans produits chimiques. Dans trois circuits adjacents, la solubilisation acide du chitosane, l'inactivation basique de la chitosanase et la déminéralisation des oligomères résultent simplement d'une migration adéquate, sous l'effet du courant électrique, d'ions acidifiants H+ ou d'ions basifiants OH- », explique le chercheur. Ces ions sont obtenus en dissociant l'eau entre anode et cathode. Son prototype traite environ 20 grammes de chitosane à l'heure. Il pourrait s'adapter à d'autres polymères.