Si Manosque compte louer une ancienne décharge, la communauté de communes du comté de Provence une zone d'activité, la communauté d'agglomération de Narbonne une zone industrielle Seveso et celle du Ventoux-Comtat-Venaissin une ancienne carrière, la plupart des centrales photovoltaïques occuperont des zones cultivées. « Sans grande valeur », assurent les élus. « Encore faut-il s'entendre sur la valeur d'une terre », rétorquent les techniciens des parcs naturels régionaux (PNR), persuadés que les grandes cultures céréalières ne seront pas épargnées. « L'occupation de dizaines d'hectares par projet peut raréfier les terres agricoles et élever leur prix, assure Mathieu Camps, chargé d'études du PNR du Luberon. En intervenant tôt, nous pouvons proposer d'autres terrains. » Dans certains endroits, la chambre d'agriculture a prévenu : pas question d'utiliser des terres agricoles irriguées ou remembrées. Cette pression pourrait aussi éliminer des cultures emblématiques du paysage, moins rentables qu'un bail pour parcs solaires. Et pour cause : l'hectare se loue de 1000 à 2500 ? par mois.
Le PNR du Luberon a réagi par l'adoption d'une « doctrine » photovoltaïque en juillet 2007. Sans valeur juridique, elle prône la limitation des centrales aux carrières, friches, zones d'activité ou de commerces. Côté PNR du Verdon, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a organisé une réunion fin novembre pour définir un plan d'actions. Jeanne Heurtaux, de la DDEA 04, suit le dossier de près. Elle confie : « Les opérateurs repèrent les terres ensoleillées proches des réseaux électriques car ils paient le raccordement. Le premier arrivé sera le mieux servi. »
Absence de réglementation
Aux Mées (4 000 h.), la DDEA, assistée de Claude Chazelle, architecte-paysagiste conseil de l'État, a demandé aux opérateurs, Eco Delta Développement et Solairedirect, de recourir à un paysagiste. Claude Chazelle conseille aux élus de réunir un comité de pilotage qui réfléchirait sur tous les aspects d'un projet.
Mais certains maires comme celui de Toreilles (3 000 h.) apprécient l'absence de contraintes : « Il faut se dépêcher avant qu'une réglementation bloque tout, explique Louis Carles. Depuis celle sur l'éolien, on ne peut plus sortir de projets. » La commune va louer 6,5 ha inondables à Poweo, première tranche des 25 ha pris sur les terres d'agriculteurs. « Avec la déprise agricole, peu résisteront à l'attrait de gagner de l'argent sans travailler », estime le maire. D'autant plus que les pouvoirs publics, dépassés, ne préparent pas de réglementation : ils misent sur le développement du photovoltaïque intégré aux constructions, qui bénéficie d'un tarif de rachat de l'électricité supérieur à celui des centrales au sol (55 centimes par kilowattheure au lieu de 30).
Pour mettre toutes les chances de leur côté, les opérateurs déposent des permis de construire pour les panneaux. Démarche inutile, car il n'y a pas de surface hors oeuvre nette au sol créée, hormis pour le bâtiment technique. « Nous prescrirons une modification du POS ou PLU pour les terres agricoles », explique Michèle Jannin, de la DDEA 04. Par exemple, Piolenc (5 000 h.) réserve 100 ha pour l'éolien et 50 ha pour le photovoltaïque. La DDEA demande aussi une étude d'impact. « Celle-ci s'impose pour tout projet relevant d'une autorisation (ici de la Drire) et de plus de 1,9 M?. Mais il s'agit d'interprétations. »