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RECYCLAGE

Quel statut pour les combustibles de substitution ?

LA RÉDACTION, LE 1er AVRIL 2008
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On les appelle RDF (residues derived fuels), CDD (combustibles dérivés des déchets) ou encore CSR (combustibles solides de récupération). Cette diversité d'appellations illustre bien le manque de lisibilité actuel sur le statut de ces matières, à distinguer des ordures brutes qu'on envoie à l'incinérateur. Cependant, les projets de valorisation ne manquent pas. Les sites de tri-compostage (lire notre dossier p. 43) y réfléchissent, à l'image de l'emblématique Launay-Lantic (22), où un appel d'offres est en cours. « Il y a deux leviers majeurs : minimiser le tonnage mis en décharge et le coût croissant de l'énergie, qui incite à identifier de nouvelles ressources », souligne Jérôme Chachey, dont l'entreprise, Tema, est de plus en plus sollicitée pour son tapis vibrant de séparation des fractions de déchets en mélange. De fait, la production de CSR améliorerait le bilan de la filière TMB (tri mécanobiologique) en ajoutant la valorisation énergétique à la valorisation organique. Produit ou déchet ? Mais cette filière n'est pas la seule d'avenir. Séché Environnement se lance aussi en ciblant les DIB. Deux projets de 400 000 t entrants (50 000 t en sortie) sont en cours de réalisation, à Changé (53) et sur le site de Drimm (82). Idem chez Ikos Environnement, où on s'y intéresse tant pour les DIB qu'en complément de la filière de méthanisation accélérée des ordures ménagères. « Autre marché prometteur : les papeteries et leurs déchets de pulpeurs », poursuit Hervé Polino, directeur d'EPO, qui propose des technologies de séchage et d'extrusion pour produire des combustibles homogènes (lire EM n° 1650, p. 60). L'entreprise lorraine TTM Environnement s'est quant à elle fait une spécialité de la production de CSR à partir de déchets plastiques. Il y a donc multiplicité des acteurs et des sources de combustibles solides, en plus des traditionnelles farines animales, huiles usées ou vieux pneus, auxquels les cimentiers recourent en masse. « C'est une nouvelle voie de recyclage. Et la philosophie du recyclage, c'est de fabriquer une matière première », défend Marc Pena, de Valordec, qui souhaite que la valeur ajoutée du combustible soit reconnue. « Parlons de combustible de substitution à valeur ajoutée, au lieu de déchet-combustible alternatif à valeur négative », conforte Hervé Polino. Fort de cette conviction, Valordec a entamé une réflexion sur la nomenclature de tout ce qui se définit comme combustible de substitution. Il s'agit de classer les combustibles selon leur état physique (solide, liquide, pâteux, ou même gazeux), leurs composants majoritaires et minoritaires, avec pourcentages et l'éventuelle présence de composés toxiques (soufre, chlore, mercure et métaux totaux). Pour Marc Pena, ce travail est indispensable pour prendre conscience de la diversité des combustibles potentiels, des risques associés, et pour comparer ces composés aux combustibles traditionnels. « En incitant à produire des combustibles sûrs et réguliers, cette qualification doit être le premier pas vers le statut de produit », insiste ce spécialiste du recyclage. Mais tous ne partagent pas cet avis. Pour les principaux utilisateurs actuels, à savoir les cimentiers, une modification de statut aurait un impact économique fort puisqu'il faudrait payer cette ressource énergétique. Alain Rospars, chez Séché, rejette aussi cette possible évolution, mais pour des raisons environnementales. « Il faut clarifier la qualification de combustible, mais en restant dans le déchet. Ainsi, on demeure dans le système des ICPE, avec ses garanties de protection environnementale des installations et la responsabilité qui y est associée », insiste-t-il. Ce produit-déchet aurait alors vocation à alimenter certaines unités de production d'énergie, chaleur et électricité, mais pas un marché ouvert. C'est d'ailleurs, en dehors du débouché en cimenterie, une voie très souvent évoquée. La technologie Promeco (machine d'extrusion avec émiettage à chaud distribuée par EPO) est ainsi utilisée en Allemagne pour l'alimentation directe d'une unité de thermolyse. Europlasma, avec son projet de gazéification de déchets par torche à plasma (12 MW en 2009, à Morcenx) vise exactement le même but. « La conception des chaudières commerciales n'est pas adaptée à ce type de combustible, qui nécessite un pilotage particulier », ajoute Jérôme Chachey. Séché se situe purement dans cette logique : ne produire du combustible qu'en fonction de l'exutoire. En l'occurrence, à Changé, une unité de valorisation énergétique pour alimenter une coopérative agricole voisine, et pour Drimm un exutoire industriel externe. Normaliser pour mieux dialoguer S'en tenir à la qualification de déchet ne limite en rien l'obligation de maîtriser en continu la qualité du combustible. Et c'est là que les travaux de normalisation et de nomenclature jouent leur rôle. « Une norme décrit les moyens de régir les relations client-fournisseur, donc les méthodes de caractérisation du combustible (PCI, chlore, métaux, densité, taux de cendre, humidité, etc.) », explique Philippe Ruat, au laboratoire de Séché Environnement. Plusieurs de ces textes sont déjà sortis et permettent d'asseoir le marché. Mais dans le panel d'outils, celui sur le taux de biomasse est encore en discussion. « La méthode de référence est sortie, mais pas celle sur le contrôle quotidien, qui doit être plus légère à utiliser », souligne Philippe Ruat. Or cet aspect est stratégique. « Dans le DIB, cette fraction formée de bois, papier et cartons n'est pas négligeable. Et elle risque d'influer sur le prix de rachat de l'électricité », souligne-t-on chez Séché. Cela influera aussi sur la configuration des process de tri, qui devront doser la biomasse au plus juste. « De même, l'évolution du prix des matières premières fait bouger le curseur entre valorisation matière et énergétique », souligne Alain Rospars. Qualité du combustible, choix stratégiques, équilibre économique, autant de critères qui « réorientent le travail » sur ce sujet, confirme Jérôme Chachey. Les filières de préparation du déchet sont de plus en plus complexes, mais en quelques années, l'offre semble, selon les experts, avoir évolué significativement pour répondre à ces besoins qualitatifs. Avec un cadre normatif plus clair, un contexte de marché de l'énergie favorable et une meilleure maîtrise technique, les projets devraient émerger en masse.


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