Le tri (ou traitement) mécanobiologique (TMB) s'apprête-t-il à vivre son âge d'or ? Un temps délaissé par les collectivités locales, après les expériences malheureuses des années 1980, il fait l'objet d'un engouement sans précédent. Les projets fleurissent partout dans l'Hexagone, en Bretagne, dans le Gard ou en région parisienne. Au total, l'Ademe estime qu'au moins 70 installations sont à l'étude ou en construction, dont une quarantaine de créations et une trentaine de rénovations. S'y ajoutent 30 sites qui ont plus de vingt ans d'âge et dont les équipements sont devenus obsolètes.
Le succès du TMB s'explique par l'essor de technologies plus matures et par la nouvelle norme NFU 44-051. Cette dernière s'appliquera, à compter de l'année prochaine, au compost issu du tri des ordures ménagères (OM), et devrait favoriser l'écoulement de cet amendement (lire EM n° 1663 p. 50). Les élus locaux voient aussi dans le TMB une solution alternative à l'enfouissement, voire à l'incinération.
Autre intérêt : les procédés de tri de plus en plus précis permettent l'extraction d'un gisement croissant de matières non organiques en vue de leur recyclage, complétant ainsi les flux récupérés en centres de tri des collectes sélectives. À l'avenir, ligne de TMB et centre de tri pourraient même fusionner !
De la stabilisation
à la valorisation matière
Concept un peu fourre-tout, le TMB englobe plusieurs types de procédés dont les objectifs vont de la simple stabilisation avant enfouissement à la valorisation biologique, énergétique et matière. Dans le premier cas, la technique fait office de prétraitement des OM, afin de limiter les émissions de biogaz et de réduire d'environ 30 % les quantités stockées, notamment grâce à l'évaporation. Ainsi, à Mende (48), la fraction fermentescible, extraite par un trommel, reste dans un bioréacteur-stabilisateur (BRS) cylindrique pendant deux à trois jours, avant compostage par aération forcée, puis maturation en andains. Seul matériau extrait, la ferraille est captée par un séparateur magnétique. Des réflexions sont en cours, en partenariat avec Valorplast, en vue de récupérer les flaconnages en plastique. Si elle se généralisait, l'extraction du PET permettrait de récupérer un gisement non négligeable, puisque jusqu'à deux bouteilles sur trois se retrouvent dans les flux résiduels. Pour autant, aux yeux d'Olivier Heckel, cogérant de Greenpro, « opter pour la simple stabilisation, c'est un peu s'arrêter à mi-chemin ». À l'instar de cet ensemblier, nombre de constructeurs ou équipementiers plaident pour l'affinage des OM en compost conforme à la norme, par voie aérobie (compostage) ou anaérobie (méthanisation), avec valorisation du biogaz en chaleur et en électricité.
Globalement, le compostage des OM est d'autant plus envisageable que le territoire compte des débouchés agricoles. Le TMB, lorsqu'il utilise l'aération pilotée, accélère la production du compost, qui dure six semaines, au lieu de trois à six mois selon les procédés conventionnels. L'affinage implique d'ajouter, après la fermentation en tunnel, des cribles à effet trampoline et des tables densimétriques pour retirer les indésirables. « À ce stade, le compost est plus sec et moins collant, ce qui permet de sortir les morceaux de verre ou de plastique », souligne Olivier Heckel. Enfin, les sites producteurs de compost effectuent, le plus souvent, un crible fin à une maille de 8 à 12 mm.
Compost à l'essai
Le syndicat Sud-Rhône Environnement (SRENV) a opté, à Beaucaire (30), pour le tri-compostage de 24 000 tonnes par an d'OM et de refus du centre de tri des collectes sélectives. Les dents du BRS ouvrent les sacs de collecte, en préalable à la séparation des flux.
Après le trommel et le crible balistique vient le déferraillage. En vue de limiter la contamination du compost à la source par les métaux lourds, le syndicat déploie la collecte sélective des déchets d'activités de soin, des piles, des cartouches d'encre et, bien sûr, des vieux appareils électriques et électroniques.
Seul bémol, la maintenance du BRS, particulièrement contraignante. « L'omniprésence des films en plastique génère des risques de bouchons, regrette Frédéric Lamouroux, directeur du SRENV. Et lors des arrêts techniques, nous devons tout évacuer en centre d'enfouissement. Car nous ne pouvons pas stocker les déchets en balles, comme dans un centre d'incinération. L'ouverture des balles serait trop lourde à gérer. » Pour pallier cet inconvénient, l'exploitant Ecoval 30 dispose de huit ans pour lancer la transformation de 10 000 tonnes annuelles de films en combustible de substitution, dont 60 % proviendraient des lignes de Beaucaire et le reste d'industriels locaux. Le SRENV regarde aussi de très près l'expérience de Mende. « Si elle est concluante, nous investirons dans une machine de tri optique pour extraire le PET et le PEHD », annonce le directeur. Au final, 51 % des tonnes entrantes partent en décharge. Quant au compost, face à la suspicion des agriculteurs, la collectivité devait démarrer, en avril, cinq années d'essais agronomiques sur des cultures de vigne et de céréales.
Fos-sur-Mer choisit
la méthanisation
Organom, syndicat de l'Ain, projette également de produire au moins 20 000 tonnes de combustible de substitution, à l'horizon 2014, dans le cadre d'une unité de tri-méthanisation-compostage dont la construction doit démarrer dans les mois prochains pour traiter 90 000 tonnes d'OM et produire 15 000 tonnes de compost. Le projet doit réduire les quantités de déchets ménagers enfouis à 40 000 tonnes, au lieu de 75 000 aujourd'hui. Les plastiques, mais aussi les bois et cartons souillés, constitueraient le flux combustible, que le syndicat envisage même d'envoyer en incinérateur.
Un autre projet, celui du centre multifilière de Fos-sur-Mer, incarne peut-être l'avenir de la gestion des déchets ménagers résiduels. Marseille Provence Métropole prévoit d'y traiter 410 000 tonnes de déchets ménagers et assimilés, malgré les multiples procédures judiciaires lancées par les opposants, associations et élus locaux. Le centre devra limiter l'enfouissement à 10 % des tonnages entrants, en utilisant des procédés adaptés à chaque flux, avec le traitement biologique pour les fermentescibles, en l'occurrence par méthanisation, la valorisation thermique pour les gisements non organiques, les fractions à haut pouvoir calorifique, les boues d'épuration, et l'envoi des métaux et des plastiques vers les filières de recyclage. Après un ouvreur de sacs, en tête de procédé, des trommels successifs extraient la matière organique. La chaîne de traitement comprend une cascade de trieurs optiques en vue de séparer le PET clair, le PET coloré, le PEHD et le PE/PP. Puis, un surtri manuel est prévu pour atteindre 97 % de pureté. « Les bouteilles s'autonettoient dans les trommels octogonaux, précise Régis Rambourg, directeur commercial de Vauché, concepteur-constructeur des lignes de TMB de Fos. Selon lui, « à terme, les incinérateurs resteront nécessaires pour les déchets industriels banaux. Mais ils ne seront plus indispensables pour les déchets ménagers ». Une tendance qui, si elle se confirmait, viendrait révolutionner la gestion des déchets.