Les grands projets d'infrastructures, qu'elles soient routières ou ferroviaires, sont soumis à de multiples obligations réglementaires en matière d'environnement : études d'impact, procédure d'utilité publique, dossiers loi sur l'eau, code de l'environnement, etc. Y compris a posteriori : le maître d'ouvrage doit répondre à la circulaire Bianco du 15 décembre 1992 qui étend au domaine de l'environnement son obligation de dresser un bilan un an puis entre trois et cinq ans après la mise en service de l'infrastructure. Seulement une petite partie de ces documents s'intéresse au chantier. Mais la prise en compte de l'environnement dès la conception de l'ouvrage permet d'en limiter l'impact global. L'exemple le plus abouti est certainement celui de la ligne à grande vitesse (LGV) Rhin-Rhône (lire encadré), qui a profité du laboratoire à ciel ouvert que fut la construction de la LGV Est pour Réseaux ferrés de France ( RFF). Le maître d'ouvrage doit justement présenter le bilan du chantier de cette réalisation ce mois-ci. « Nos engagements concernent la concertation, le respect des horaires de travaux, l'utilisation de matériels conformes en termes de bruit ou de pollution, la protection des cours d'eau et de la biodiversité, le maintien des transports scolaires ou des accès aux parcelles agricoles, ou encore le tri des déchets, que nous imposions pour la première fois », énumère Alain Cuccaroni, directeur des opérations.
Des responsables environnement à plein-temps
Des mares ont par exemple été déplacées avant les travaux, ce qui a nécessité la passation de marchés préparatoires. Pendant le chantier, un balisage systématique des stations botaniques a été réalisé afin que les engins n'endommagent pas les espèces protégées. Autre exemple : la protection des batraciens grâce à des clôtures à grillages spéciaux autour des chantiers. « Pour nous assurer du respect de ces dispositions, nous avons imposé la présence d'un responsable environnement, qui ne cumule pas les casquettes qualité et sécurité, dans chaque entreprise exécutante, ainsi qu'un correspondant chez chaque maître d'oeuvre », indique Alain Cuccaroni. Soit, en tout, une trentaine de personnes à temps complet. Un système de pénalités financières a en outre été instauré. Pour la construction d'un tronçon de 19 km de l'A41, qui reliera Annecy à Genève à la fin de l'année, le concessionnaire Adelac a, lui, fait appel à une dizaine de responsables environnement. « Ma carte de visite circule dans toute la région », s'amuse Guillaume Benoît, notamment chargé des relations locales sur le projet. La filiale de Bouygues et d'Area a en effet misé sur la concertation afin d'éviter les interruptions de travaux et boucler ce projet clé en main dans le délai imparti de trente-huit mois. L'entreprise a ainsi dû revoir en profondeur la conception de deux ouvrages : un dalot en béton transformé en miniviaduc afin d'épargner l'habitat protégé de l'écrevisse à tête blanche, et un viaduc qui a perdu deux points d'appui afin de limiter le déboisement qui devait faciliter l'accès au site.