L'industrie des matières premières de la parfumerie du bassin grassois, dans les Alpes-Maritimes, produit des déchets (culots de distillation, solvants d'extraction, déchets végétaux « désolvantés ») qu'elle doit éliminer. Pour l'heure, les déchets végétaux partent en compostage à Peimenade, près de Grasse. Les culots de distillation et solvants d'extraction sont incinérés, et pour cela transportés par camions jusqu'à Marseille, voire Lyon quand ils sont chlorés ou halogénés. Une procédure coûteuse et elle-même polluante.
D'où l'idée de mieux valoriser ces déchets. Baptisé Valoplasma, car basé sur l'utilisation du plasma, ce projet a été labellisé par le pôle de compétitivité Pass (pôle arômes, saveurs, senteurs), qui s'étend sur toute la région Paca jusqu'à la Drôme provençale. Selon Luc Carrière, responsable environnement de la société grassoise Mane %26 Fils, qui porte le projet, « l'idée de départ est de considérer nos déchets comme une ressource et de les valoriser pour en faire, pourquoi pas, du carburant de synthèse ».
Jean Mane, le président de Mane %26 Fils, fait partie du comité scientifique de Pass. Sont associées au projet Veolia Propreté et, pour l'aspect technique, Armines, structure qui gère les contrats de recherche avec les entreprises et institutions pour toutes les écoles des Mines en France, et dont un laboratoire, le centre énergétique et procédés de l'école de Paris, est basé à Sophia-Antipolis. « Ces trois partenaires sont situés dans un rayon de 20 km ; cela devrait faciliter les échanges et montrer qu'on peut trouver une solution locale, explique Luc Carrière. Le département des Alpes-Maritimes ne s'est jamais beaucoup penché sur son industrie ; il est centré sur le tourisme. Il y a peu de chances qu'on construise un centre de traitement des déchets industriels, et celui de Rognac, près de Marseille, va arriver à saturation. »
Trois étapes
Le projet concerne d'abord les solvants liquides. Les déchets solides, en l'occurrence les drêches végétales, feront l'objet de recherches ultérieures. Trois étapes ont été arrêtées. Dans un premier temps, il s'agira d'étudier le gisement. Veolia Propreté, avec Prodarom, le syndicat des professionnels, devrait s'y atteler, sachant que l'entreprise assure 90 % de l'élimination (transport et incinération) pour l'industrie grassoise. Elle est partie prenante pour pouvoir, si une technologie s'avère concluante, la décliner à d'autres déchets. Il s'agira aussi de déterminer le coût du nouveau système de traitement. « Actuellement, l'élimination coûte de 60 à 200 euros la tonne, auxquels il faut ajouter environ 50 euros de transport. Il ne faudrait pas que la solution se révèle plus onéreuse, prévient Luc Carrière. Une fois les études engagées, les laboratoires d'Armines seront mis à contribution pour vérifier que les technologies à plasma sont une solution intéressante et laquelle (haute ou basse température) est la mieux adaptée. La phase 2 s'attachera à concevoir un pilote de laboratoire, tandis que, durant la phase 3, un pilote industriel devrait être mis en route. Mais ces deux dernières stades semblent encore bien loin, la recherche de subventions n'étant pas encore terminée. Oseo et l'Ademe sont les premiers à avoir répondu présents.