Michel Quatrevalet, responsable environnement à la Fédération française de l'acier, est très clair : « J'ai des interlocuteurs environnement chez tous mes adhérents. » Dans la sidérurgie, chaque usine a donc son Monsieur environnement. Que la direction, parfois, coiffe aussi des casquettes sécurité et risque industriel. Sur les petits sites, il est seul et issu de formation environnementale, « Isige par exemple » ; sur les grands, au contraire, il dirige une équipe et vient de la production. C'est le cas de Bernard Brun, à la tête du service environnement de l'usine ArcelorMittal de Fos-sur-Mer (13) depuis un an. Service qui compte aussi un ingénieur en risque industriel, un autre chargé de l'air et des déchets, et un dernier s'occupant de l'eau et des tours aéroréfrigérantes. Ingénieur en génie chimique passé par le centre de recherche des Charbonnages de France en Lorraine (lire encadré ci-dessous), il définit son poste comme « la base avancée de l'administration dans l'entreprise ». « Nous titillons les autres services, par exemple le haut-fourneau ou "l'agglomération fonte", pour donner des prescriptions et, avec l'aide des "correspondants environnement département", nos portes d'entrée privilégiées dans ces services, nous faisons remonter les événements pour, le cas échéant, les déclarer à la Drire. Ce peut être un début d'incendie comme une panne d'opacimètre de fumées », décrit Bernard Brun.
Qualités requises : expertise technique certes, « downstream comme upstream », c'est-à-dire avant et après le laminoir, mais aussi transversalité, communication - « quand un riverain vous insulte en commission locale d'information parce qu'il a des poussières sur son salon de jardin, il faut savoir rester calme » - et ressources humaines. À ce sujet, Bernard Brun, qui parle trois langues, anime quatre fois par an des « agoras », réunions d'échange avec ses homologues européens. Sophie Le Pennec, « coordinatrice environnement » chez Eramet, fait de même avec la quarantaine de responsables environnement en usines, pour la plupart des ingénieurs de grandes écoles ou de mastères formés à la HSE. Elle réunit deux fois par an les correspondants métropolitains et une fois l'an le réseau international. Au menu de ces réunions : veille réglementaire, animation et coordination de la politique environnementale, objectifs financiers, partage d'expérience, grands projets, etc. Dans ce groupe, divisé en trois branches dont une pour l'acier, le responsable environnement est rattaché à la direction générale en usine, à la direction communication et développement durable au niveau corporate. « J'assiste aux réunions de direction, aussi bien pour des fusions-acquisitions que pour des programmes d'investissement », explique ainsi Sophie Le Pennec, entourée dans ses fonctions de deux autres personnes. La direction communication et développement durable intègre également un « coordinateur risque industriel et gaz à effet de serre », ainsi qu'une responsable des affaires publiques.
À noter que le recyclage n'entre pas dans le champ du responsable environnement dans la sidérurgie. Elles relèvent en effet, et en toute logique, du service achats. « Les relations avec les collecteurs de ferraille, les questions de normalisation et d'analyse de cycle de vie peuvent toutefois déborder et concerner le service environnement, nuance Michel Quatrevalet, qui mentionne aussi une autre tache importante : « l'audit et l'animation du système de management environnemental, les sites étant quasiment tous Iso 14001 ». En définitive, on choisira plutôt son responsable environnement chez les seniors, « puisqu'il faut de l'autorité pour imposer contrôles et méthodes ». Et on le rémunérera donc assez généreusement. Bernard Brun cite pour son cas 80 000 euros bruts par an et entre 10 000 et 15 000 euros d'intéressement.