Élevée dans la campagne calvadosienne, Estelle Le Bihan a appris à ne pas gâcher. « Nous donnions les déchets à manger aux poules et aux lapins », se souvient-elle. Après un DEA de biologie aquacole, la jeune femme s'est intéressée pour sa thèse à la valorisation des coproduits de la seiche. « En tant que biologiste, je sais trop bien ce qu'il y a dans les déchets pour les mettre simplement à la poubelle », confie-t-elle, s'indignant que « 35 % du poids de la seiche, troisième espèce la plus pêchée en Basse-Normandie, partent à la poubelle ». La jeune femme a donc décidé de trouver des solutions à ce gâchis. À 28 ans, mère d'un petit garçon, Estelle Le Bihan est devenue directrice R %26amp; D de sa société, Ivamer. Créée en juin dernier, soutenue par le conseil régional, Ivamer propose aux entreprises et aux collectivités des solutions de valorisation des ressources marines. « Nous cherchons par exemple à mettre en valeur les matières trop peu utilisées qui n'ont pas trouvé leur marché. Ou encore à dénicher le déchet que l'entreprise peut recycler comme matière première », précise-t-elle, soulignant qu'« en France, il n'y a pas une très grande culture de la mer. On est en retard par rapport aux pays du nord de l'Europe ». Estelle Le Bihan est aujourd'hui installée près de Caen. Et dès qu'elle le peut, bottes aux pieds, elle part fouiller la côte et ramasse crevettes et coquillages. « Rien de tel que les grandes marées pour voir tout ce qui, d'habitude, est sous l'eau », s'enthousiasme-t-elle.