Au commencement, il y avait le vide-ordures. Tout partait en vrac, dans un bruit épouvantable de bouteilles cassées. Il y eut ensuite les colonnes d'apport volontaire du verre sur la voie publique, suivies des bacs domestiques destinés à recueillir les journaux et magazines. Paris, qui les avait choisis verts à couvercle bleu, les garda jusqu'en 2002, date à laquelle Plastic Omnium lui livra des bacs pour emballages ménagers recyclables à couvercle jaune - dépourvus d'opercule, au grand dam de certains. C'était dix ans après la naissance d'Adelphe et d'Eco-Emballages, les sociétés agréées qui revendiquent aujourd'hui « 59,5 millions de Français ayant accès au tri ». À Dunkerque, la société Triselec avait pris les devants ; elle fut la première à disposer de ces bacs (lire l'encadré). Pour rationaliser les flux et éviter de multiplier les tournées de bennes, les « JRM » (journaux-revues-magazines) furent invités à rejoindre le bac à emballages. Paris y inclut même les petits DEEE. Une troisième poubelle, réservée aux biodéchets, fit aussi son apparition dans plusieurs communes, ainsi qu'un flux de verre en porte-à-porte, qui rendit caduque l'hypothèse d'un tri par couleurs. Mais depuis, les fabricants de matériel, pressentant que le marché tendait à devenir à un marché de renouvellement, multiplient les innovations « cosmétiques » comme le bac à pulvérisateur de bonnes odeurs, le bac à verre insonorisé et celui qui détecte le niveau de remplissage, le bac à amortisseur de couvercle, le bac à puce informatique (lire p. 71). « Nous sommes passés d'un marché de produits à un marché de services », résume Michel Kempinski, P-DG de Omnium Systèmes urbains, qui vend désormais autant des bacs que des prestations d'enquête en porte-à-porte ou de développement informatique.
Pendant ce temps-là, Corepile et Screlec sortent leur boîte à piles ; les pharmaciens, toujours en mal de filière pollueur-payeur, distribuent leur Dasri-box sécurisée, laissant le marché des équipements multiflux aux matériels d'apport volontaire sur la voie publique (conteneurs sélectifs enterrés ou semi-enterrés, corbeilles de rue, sacs translucides, bornes sélectives à vidage pneumatique, etc.). De leur côté, voyant qu'il fallait équiper de nouveaux lieux en poubelles (les magasins), les éco-organismes des DEEE mettent au point des mobiliers de collecte adaptés, comme Récylum pour les lampes usagées. La filière textile, en pleine restructuration (lire p. 12), va elle aussi avoir besoin de conteneurs pour remplacer ses antiques caissons en métal gondolé dans lequel l'usager peut déposer ses vieux vêtements. Les vendeurs de composteurs domestiques surfent sur le Grenelle de l'environnement, qui encourage la valorisation organique. Ira-t-on jusqu'à ressusciter la consigne et installer des automates en magasin, pour peu que l'Ademe, qui boucle une étude sur le sujet, le juge opportun ? En attendant, ressurgissent les vieux démons prêtant aux grosses machines - Eco-Emballages, Eco-Systèmes - un trésor de guerre (166 M€ pour le premier), et les sempiternels questionnements sur l'harmonisation de la signalétique, des consignes de tri et des codes couleur.