La méthanisation des déchets ménagers n'est plus ce qu'elle était. Jadis réservée aux pays germaniques, cette filière de valorisation, qui transforme des déchets organiques en compost et biogaz, se place aujourd'hui en alternative de moyenne capacité à la décharge et l'incinération. Plus une collectivité ne l'ignore : Everé à Marseille comporte un lot méthanisation, le lifting de l'UIOM d'Ivry-sur-Seine en 2009 l'intégrera, Montpellier vient d'ouvrir son usine, Lille invite toute l'Europe à visiter la sienne, tandis que celle de Calais tourne depuis bientôt deux ans.
En vingt ans, le retournement de situation est spectaculaire. « La méthanisation a pour elle des bilans d'ACV tous au vert, quelle que soit la façon dont le biogaz est valorisé », observe Sandrine Wenisch, à l'Ademe. Il est loin le temps où Amiens se ridiculisait en commandant une usine douteuse sur ordures brutes (1988), aujourd'hui en pleine conversion à la cogénération (lire EM n° 1671, p. 12). Où Lille Métropole faisait tourner quelques bus au biogaz de la station d'épuration de Marquette (1994). Où le Sivom de la vallée de l'Yerres et des Sénarts (77) changeait d'exploitant pour ses digesteurs tout neufs bouchés à cause d'un « défaut de conception » (2005). L'arrêté du 10 juillet 2006 fixant un tarif de rachat garanti à l'électricité produite à partir de biogaz est passé par là. Mais, « on ne s'improvise pas exploitant de méthaniseur », avertit Olivier Lemaire, au Creed, le centre de recherche de Veolia. « La sécurité des ressources est essentielle ; il faut s'assurer de la régularité du gisement », poursuit Pascal Parache, du bureau d'études belge PSPc. « Et bien regarder autour de soi : si on produit de la chaleur, y aura-t-il toute l'année des débouchés au voisinage du site ? » prévient Sandrine Wenisch. Enfin, gare aux astuces de grand-mère : « Ajouter des graisses, pourquoi pas, mais pas n'importe lesquelles : certaines inhibent les bactéries », conclut Olivier Lemaire.