En Grande-Bretagne, les BMW sont bridées. Les déchets organiques, en anglais Biodegradable Municipal Waste (BMW), ne peuvent plus aller en décharge au bon vouloir des collectivités locales. Depuis le 1er avril 2005, en effet, appliquant une loi de 2003 - elle-même découlant d'une directive européenne de 1999 -, le Landfill Allowance Trading Scheme, organise un système de quotas de mise en décharge échangeables entre comtés gestionnaires de la collecte et exploitants de sites d'enfouissement, à la manière de la Bourse aux permis d'émission de CO2 : tout acteur faisant enfouir moins que son quota annuel peut revendre ses tonnes « non consommées » à un autre qui aurait dépassé son plafond. À moins qu'il ne choisisse de les mettre de côté pour plus tard (banking) ou d'emprunter des quotas de l'année suivante (borrowing), dans la limite de 5 %. À défaut, il est prévu une pénalité de 150 £/t (219 €/t) à l'issue de la première période d'allocation des quotas, en 2010, échéance qui correspond à la première étape de la directive Décharges - qui visait à réduire la quantité de biodéchets enfouis à 75 % du gisement de 1995, puis 50 % en 2013 et 35 % en 2020. Par déchets organiques, Londres entend la fraction fermentescible des ordures ménagères, les DIB biodégradables, les déchets de jardin et les papiers-cartons, soit 68 % du contenu de la poubelle.
Le registre des quotas est tenu par le Defra, l'équivalent britannique de l'Ademe. Il répertorie 81 sites et 40 collectivités allocataires. Au début, l'offre de quotas excédait la demande, ce qui, d'une certaine manière, témoignait d'un succès : sur le premier exercice, le pays a enfoui 18,5 % de biodéchets de moins que le plafond. Sur le dernier (2007-2008), les collectivités ont enfoui 10,6 Mt pour un quota global de 13,6 Mt. « Il y a eu surallocation de quotas. En 2007, la tonne se négociait autour de 8 £/t. Ils font les frais de l'apprentissage », analyse Jean-Marie Bouchereau, économiste à l'Ademe.
Mais le Defra prévoit un renversement de tendance après 2009. « Certaines régions ont pris trop de retard pour [dévier leurs flux organiques] de l'enfouissement. Conséquence : des amendes de plusieurs centaines de millions de livres risquent d'être répercutées », affirme un rapport du National Audit Office. Car il s'agit bien de décourager le recours à la décharge, mode de traitement ultra-dominant en Grande-Bretagne, et de promouvoir des filières de valorisation comme le compostage, la méthanisation et même l'incinération. « Ce qui est intéressant, c'est l'empilement de mesures prises dans ce but : entre la taxe et les quotas, le coût de la décharge est devenu supérieur à celui du compostage », estime Jean-Marie Bouchereau.
Un tel système est-il transposable en France, à l'heure où la loi Grenelle 2 compte plafonner les quantités annuelles d'enfouissement, site par site ? Le groupe Veolia l'avait suggéré dans ses contributions aux travaux du Grenelle, mais ce n'est pas allé plus loin.