Si les vertus des biocarburants sont sérieusement écorchées aujourd’hui, l’industrie de la plasturgie relayée par la filière céréalière ne tarit pas d’éloges les bioplastiques : ces matières d’avenir capables de résoudre les problèmes d’environnement. Selon une enquête BVA commandée par Passion Céréales, 69 % des personnes interrogées (entre le 28 janvier et le 1e février 2010) croient que l’emploi des bioplastiques permet de réduire les gaz à effet de serre et 88 % sont prêts (à prix égal) à acheter un produit en bioplastique s’ils en avaient le choix. Pourtant, à y regarder de plus près, le tableau ne semble pas si rose. Sans éplucher les rapports d’experts, on sait grâce aux plasturgistes et aux fabricants d’emballages (sacs de caisse, sacs poubelles, ou barquettes alimentaires) que les bioplastiques sont fabriqués à l’instar des biocarburants, à partir de ressources alimentaires (blé, maïs, pommes de terre, betterave…). C’est d’ailleurs ce qui a valu aux biocarburants un retour de manivelle. Du côté scientifique, des études commencent à remettre en question cette pseudo-panacée environnementale. A Singapour, une équipe de chercheurs de l’Institut de chimie et des sciences de l’ingénierie (ICES) a comparé les impacts environnementaux des sacs en bioplastique et en polymère conventionnel. D’après leurs résultats publiés ce mois-ci, dans la revue International Journal of Life Cycle Assessment, les bienfaits des bioplastiques ne sont pas si tranchés. Sur le plan énergétique en particulier, les bioplastiques aggravent leur empreinte environnementale par rapport à la production de sacs en PP, s’ils sont produits à partir d’un mix énergétique (charbon, gaz, fioul, nucléaire) comme c’est le cas outre-atlantique. Pour apprécier les bénéfices environnementaux des matériaux bioplastiques, il faudrait selon l’étude les produire exclusivement avec du gaz naturel ou des énergies renouvelables – celles-ci ne représenteront que 3 % de la production électrique américaine en 2010 (source : US Energy Information Administration). Toujours selon l’étude, cela signifie que les ACV de ces produits ne tiennent pas du tout compte du type d’énergie utilisé, depuis la mise en culture de la matière première jusqu’au procédé industriel de fabrication.CM