Les facteurs de succès et d'échec des programmes de prévention de déchets en habitat vertical sont bien identifiés depuis la première expérience pilote de collecte sélective à Créteil (94), au milieu des années 1990. En habitat collectif, les parties communes sont souvent dégradées, les actes d'incivilité courants, les habitants jettent parfois leurs ordures par les fenêtres : il ne suffit pas de mettre à disposition des équipements pour que les gens s'en servent. Il faut inventer des moyens pour faire d'eux de véritables acteurs.
La réhabilitation du patrimoine engagée par les bailleurs publics ou privés est le moment idéal pour engager la démarche, en réfléchissant collectivement dès le début des projets à la stratégie à mettre en oeuvre. Des travaux à l'intérieur des bâtiments (suppression des vide-ordures, modification du local à poubelles) et/ou à l'extérieur (création de kiosques, de cache-conteneurs...) sont souvent nécessaires pour améliorer la gestion des déchets. Mais gardiens et habitants doivent se les approprier. D'où la nécessité d'une communication de proximité pérenne : mobilisation des ambassadeurs du tri, de structures scolaires et associatives, de maisons de quartier, organisations d'animations...
À Compiègne, lors du lancement de la collecte sélective dans un quartier sensible, un gardien a proposé que les enfants participent à la rénovation des locaux propreté les mercredis après-midi. Depuis, il n'y a plus de dégradation de ces locaux, mieux utilisés par l'ensemble des habitants. À Saint-Étienne Métropole, sur le quartier Montrambert, une vaste action de sensibilisation et d'appropriation a été menée autour du tri en habitat collectif. Résultat : + 40 % de recyclables collectés, 84 % de déchets bien triés, 80 % des habitants satisfaits du changement.
S'appuyer sur des personnes relais parmi les habitants ou sur des foyers témoins, et créer des événements festifs susceptibles de les réunir (inauguration, ateliers, Fête des voisins, etc.) est particulièrement efficace. À Mamers, la communauté de communes du Saosnois et le bailleur Sarthe Habitat se sont associés pour lancer, en juin dernier, des opérations de compostage collectif en pied d'immeuble dans les quartiers des Cordiers et du Stade. « Le choix de l'emplacement des composteurs et de l'aménagement paysager est fait avec les habitants. Les familles participantes signent une charte d'engagement et sont accompagnées par un volontaire du quartier, formé comme maître composteur. Il y a eu également de nombreux ateliers avec les enfants. Le succès a été immédiat : les composteurs se sont remplis plus rapidement que prévu. La qualité n'était pas idéale au début, mais après relance de l'information sur les consignes, les choses se passent désormais très bien », remarque Caroline Mabilon, animatrice de la prévention des déchets à la communauté de communes. Ce type de projets autour des déchets s'avère un formidable levier pour retisser du lien social.
À Rennes Métropole, le compostage collectif en pied d'immeubles rencontre depuis quatre ans un franc succès (une centaine d'installations). « Au-delà de l'avantage environnemental, il y a un intérêt social à la démarche. Autour des composteurs, les gens se réunissent et discutent, apprennent à se connaître. Des liens se créent, qui n'existaient pas avant. Toutes les tranches d'âges sont concernées », témoigne Jean-Louis Merrien, vice-président chargé de la collecte, du traitement et de la prévention des déchets à Rennes Métropole.