« Parfois il était 15 heures 22 et le clapot contre le rivage faisait des formes blanches. L’eau, la roche et l’air se mêlaient dans une écume crémeuse et on se demandait si ce désordre était rejoué. » Fabien Giraud et Raphaël Siboni s’évertuent justement à saisir ces désordres, allégorie du temps suspendu. Si on arrête le processus en mouvement, peut-on admirer la confusion des éléments, peut-on aller contre sa propre condition ? Les deux artistes veulent répondre par l’affirmative en présentant des œuvres issues de cette démarche. Et quoi de plus fort que de revenir sur une compression de voiture ? Défroisser ce que la machine a compressé, en trouver la beauté issue du désordre et surtout figer le temps et son processus inéluctable entrainant les biens de consommation dans leur éternel (ou que l’on aimerait éternel !) cycle de création, consommation, destruction, recyclage.Interrompre la « condition » des choses, y faire « barrage » pour susciter une « apparition ». Le travail de Fabien Giraud et de Raphaël Siboni sur la décompression de voitures est peut-être ce qu’il y a de plus juste et de plus frappant. Deux voitures compressées, puis décompressées, présentées à la Galerie Loevenbruck(1) en décembre et janvier, sont extraites du flux du monde. Une voiture se dresse comme une cariatide contemporaine, élément d’architecture improbable, l’autre est posée au sol. Les deux ne laissent pas indifférents les passants.« Nous sommes allés chez un ferrailleur du Loir-et-Cher, raconte Raphaël Siboni, on a choisi les voitures à compresser et assisté à la compression. Il ne s’agissait pas de se trouver à décompresser une 4L par exemple, il fallait rester dans le standard, on voulait des modèles neutres. » Puis revenus dans leur résidence parisienne du Centquatre(2) et munis de vérins hydrauliques utilisés par les carrossiers, ils ont commencé le travail de décompression. Trois mois à quatre ! « Au départ, on ouvre une faille, poursuit l’artiste, on y glisse un vérin comme cale, puis on élargit encore avec un autre vérin. On arrête quand c’est sur le point de céder. La forme finale est dictée par les propriétés physiques du matériau et non pas par un choix esthétique ». À la fin, les sculptures sont nettoyées, dégraissées et vernies. Les deux artistes(3) ont exposé à la biennale de Santa Fe (Nouveau Mexique) en 2008, puis, en 2009, à La Force de l’Art (Grand Palais – Paris), ou encore à la FIAC, la même année, en réalisant un feu d’artifice d’une seconde pour son ouverture. Ils exposent La Condition et Le Barrage à la Galerie Loevenbruck.
(1) Galerie Loevenbruck - 6,rue Jacques Callot - 75006 PARIS http://www.loevenbruck.com
(2) CENTQUATRE / 104 rue d'Aubervilliers - 5 rue Curial, 75019 Paris, http://www.104.fr
(3) http://www.fabiengiraudraphaelsiboni.comCHDle site de la galerie Loevenbruck