Les collectivités ont des responsabilités en matière de distribution de l'énergie. Les communes, par exemple, pour la fourniture d'électricité. Mais peuvent-elles se passer des opérateurs historiques ?
Certaines collectivités la confient aux entreprises locales de distribution d'énergie : elles sont 160 à l'avoir fait en France et assurent 5 % de la distribution d'énergie électrique dans 2 500 communes. À l'origine, il s'agit souvent de régies locales. Pour s'adapter au marché, elles prennent de plus en plus la forme de sociétés d'économie mixte. Sous l'impulsion des collectivités, elles développent alors les énergies renouvelables. À Metz, la société d'économie mixte locale UEM, qui distribue de l'électricité et de la chaleur, exploite ainsi des centrales hydrauliques et mise sur la biomasse pour alimenter son réseau de chauffage urbain. Ancrées dans les territoires et attachées à une mission de service public, ces Sem ont de l'avenir dans les métiers de l'énergie.
Les collectivités en sont actionnaires majoritaires. Quels bénéfices en retirent-elles ?
Elles exercent un contrôle sur la gestion, les actions menées et gardent ainsi la main sur des secteurs techniques en constante évolution, comme la gestion de réseaux de chaleur, des déchets municipaux ou des énergies renouvelables. Il y a 16 000 EPL en Europe, c'est dire si elles interviennent dans de nombreux secteurs, une quarantaine environ. Les Sem sont un outil au service des élus : à la différence des entreprises 100 % privées, leur action s'inscrit dans une stratégie locale. Comme elles ne cherchent pas seulement à faire du profit, elles attirent des cadres en quête d'une éthique et d'une autre approche commerciale. Elles se veulent modèle en termes de politique sociale, de transparence et d'innovation. Ce qui ne les empêche pas de jouer dans la cour des grands et d'être aussi performantes que le secteur privé. À la nuance près que leur réussite profite avant tout au territoire et à son développement.
Faut-il un bon plan d'affaires avant de monter une telle entreprise ?
C'est mieux. Ces entreprises se montent rapidement, mais ce ne sont pas des gadgets. Il faut bien mûrir son projet et déterminer son périmètre d'action, qui est souvent intercommunal mais peut-être élargi au département, voire à la région. Il y a aussi une masse critique à atteindre. Si on gère un service d'eau en régie, pour un faible nombre d'abonnés, ou si on veut faire du photovoltaïque à petite échelle, sur deux ou trois toitures, cela ne vaut pas forcément le coup d'en créer une. Une fois lancée, il faut aussi penser à faire vivre l'entreprise dans la durée. À la Fédération, notre rôle consiste justement à aider les collectivités à réussir leurs projets.