E t si la crise que nous affrontons était une chance ? Je devine d'ici votre sourire ironique. Une chance ! nous qui avons de plus en plus de mal à collecter des tonnages, à maintenir nos prix de vente, à sécuriser nos débouchés ? Il est exact que nous avons passé la barre des trois millions de chômeurs en France, que les annonces de fermetures d'usines s'amoncellent, que les seuls projets de l'Europe sont de mettre tout le monde à la diète. Et pendant ce temps, les réglementations vont bon train. Il est vrai, mais c'est dans l'adversité que l'on mesure les volontés, dans les défis que les énergies se mobilisent. Et il se trouve des énergumènes pour tenter de secouer les forces d'inertie du pays. Michel Godet, professeur au conservatoire des Arts et Métiers, titulaire de la chaire de prospective stratégique, est de ceux qui n'hésitent pas à citer Charles de Gaulle : « Les Français sont des apôtres du déclin et des nostalgiques de la décadence. » Le récent ouvrage* qu'il vient de cosigner est un recueil d'histoires, celles d'entrepreneurs qui ont osé s'aventurer. Dans le secteur du recyclage, une multitude d'entreprises sont les héritières précisément de ces hommes et de ces femmes qui, un jour, ont pris le taureau par les cornes et créé leur activité. Pour progresser, c'est-à-dire s'équiper en matériels, pour s'enrichir, générer des emplois et les maintenir, ces entreprises n'ont pas besoin d'être assistées. Elles ont tout simplement besoin d'avoir accès au crédit lorsque c'est nécessaire, et au marché sans que les spéculations soient privilégiées. N'oublions surtout pas que le tissu des petites et moyennes entreprises est le plus grand pourvoyeur d'emplois. Sachons le préserver et l'embellir.