« Nous nous sommes battus pour en être. » À l'image de Gilles Choquer, directeur du syndicat mixte de traitement de la vallée de l'Oise (SMVO), toutes les collectivités retenues à l'issue de l'appel à projets d'Eco-Emballages sont ravies de participer à l'expérimentation de l'extension des consignes de tri des emballages plastiques, qui vise le recyclage de 75 % des déchets d'emballages ménagers, contre 63 % aujourd'hui. En tout, 3,7 millions d'habitants dans 51 collectivités sont encouragés à jeter tous les emballages en plastique dans le bac de collecte sélective. Et la simplification du geste de tri fait l'unanimité. « Cette expérimentation rejoint les aspirations des usagers. Dans les réunions pu bliques, nous constatons que les gens pensent déjà qu'il faut mettre tous les plastiques dans le bac de tri », poursuit Gilles Choquer . Au Syctom de l'agglomération parisienne, 386 000 habitants, dont 36 000 Parisiens, rattachés au centre de tri de Sevran, sont concernés. « Nous voulons savoir quel est l'effet de la simplification des consignes sur les performances de tri », explique Olivier Castagno, responsable du pôle tri, valorisation matière et transport au Syctom. « Les collectivités ne sont pas toutes prêtes à trier plus de plastiques, tempère Éric Brac de la Perrière, directeur général d'Eco-Emballages. Cette extension les prépare à ce nouvel enjeu. »
La plupart des collectivités contactées ont en projet la rénovation de leur unité de traitement des déchets recyclables. Elles ont donc vu dans l'expérience l'opportunité de se moderniser en se préparant à une future réforme des consignes de tri, tout en bénéficiant d'une aide financière d'Eco-Emballages. En effet, pour soutenir ces cobayes, la société agréée a dégagé un budget de 30 millions d'euros pour couvrir « à 100 % » les frais engagés par les collectivités. « Tous les frais liés à l'expérimentation, soit, pour les investissements, l'amortissement limité à la durée de l'expérimentation », relèvent en chœur les testeurs. Mais elles ont souvent sous-estimé la charge de travail liée à l'expérimentation, qui mobilise, finalement, tout le personnel. « Je travaille sur ce projet tous les jours depuis deux ans. C'est vraiment un acte de foi, avec parfois des moments de découragement », confie Gilles Choquer.
Avec quels résultats ? Selon l'étude réalisée en 2009 par PriceWaterHouseCoopers, le bénéfice environnemental devrait être positif, avec un coût équivalent au traitement du PE et du PET. « Cette expérimentation doit confirmer ou infirmer ces conclusions », rappelle Éric Brac de la Perrière. Selon l'éco-organisme, trier tous les emballages plastiques devrait se traduire par 3 kg/ an/hab supplémentaires. « Nous nous attendons à plus de 5 kg/an/hab », estime Gilles Choquer. « D'après les premiers retours, les tonnages collectés augmentent de 7 à 8 %, mais le débit du centre de tri baisse de 10 % », chiffre Olivier Castagno. « Il ne reste plus grand-chose dans les OMR », note Jean-Yves Menou, président du Smitred Ouest d'Armor, l'un des premiers à démarrer, dès janvier. Les tonnes d'OMR ont baissé de 5 %, et la collecte sélective augmente de 20 à 45 %, preuve que la population adhère aux nouvelles consignes. Cette nouvelle répartition des flux incite d'ailleurs certaines communes à repenser les circuits de collecte, en passant du biflux au monoflux et en augmentant la fréquence de la collecte des recyclables tout en diminuant celle des OMR. L'expérimentation doit se terminer fin 2013, et le bilan serra dressé en 2014. « Quoi que décide Eco-Emballages, nous généraliserons le tri de tous les plastiques au deuxième semestre 2013 », assure Jean-Yves Menou. « Nous avons discuté avec les industriels : les débouchés existent. Reste la question du cours des matériaux », souligne Gilles Choquer. De même au SMVO, qui a converti l'ensemble du territoire, soit 475 000 habitants, et en région parisienne, où le Syctom voit l'opération non pas comme une expérimentation, mais comme un dispositif à roder.
Ailleurs, d'autres, hors expérimentation, ont déjà franchi le pas. C'est le cas du centre de tri du Syctom Isseane, près de Paris, ou du syndicat départemental des déchets de la Dordogne (SMD3). « Comment faire l'expérimentation sur une partie du territoire ? C'est une question de bon sens », assume Bertrand Boisserie, directeur du SMD3. Le tri de tous les emballages plastiques, lancé en mars, se traduit, au bout de six mois, par une hausse de 36 % des volumes et de 15 % des tonnages, bien au-delà des prévisions. « Ces nouvelles consignes dopent tout le processus de tri : nous avons aussi plus de verre, détaille Bertrand Boisserie. C'est une voie sans retour. »