Le marché mondial annuel des terres rares est estimé à quelque 120 000 tonnes (contre environ 19 000 tonnes en 2000) pour des réserves évaluées à environ 110 millions de tonnes. Mais 95 % de ces dernières sont en Chine qui tente de préserver cette ressource et taxe fortement les exportations. Le contexte exposé au cours de la journée consacrée aux matières premières par l'Usine Nouvelle par Frédéric Carencotte, directeur industriel terres rares de Rhodia (groupe Solvay), montre tout l'intérêt du recyclage de ces « petits métaux ». Rhodia a inauguré cette année une unité de recyclage des poudres luminophores (RR n° 32/2012). Ses équipes vont commencer à travailler prochainement sur les aimants.
Le groupe Solvay a opté pour une approche pragmatique, d'une part en sécurisant ses approvisionnements. Son contrat avec le minier chinois Chinalco lui assure une allocation de quotas de terres rares. D'autre part, il travaille sur des solutions optimisées pour recourir à moins de matières et les disposer là ou il faut et, enfin, le recyclage. L'unité de chimie organique de Lyon a été réactivée dans ce but. Les poudres contenues dans les lampes ne contiennent pas moins de 6 métaux rares. Sur une tonne de poudre, précise Frédéric Carencotte, 950 kg sont recyclés. Il reste un élément essentiel à organiser, la collecte « la massification est indispensable pour la pertinence économique » poursuit-il. La valorisation des déchets est une opportunité également saisie par le groupe Umicore. Stéphane Csoma, vice-président senior du groupe, considère que « le recyclage est une façon de réduire la volatilité des cours des métaux. ». Umicore récupère et recycle une vingtaine de métaux. Il constate que les infrastructures de recyclage (collecte et prétraitement) sont insuffisantes pour les biens de consommation. Si, pour les applications industrielles, le taux de recyclage est d'environ 80-90 %, il n'est que de 5 à 10 % dans les applications électroniques. Sur le potentiel de recyclage de 1,1 milliard d'unités de téléphones portables soit 110 000 tonnes (batteries comprises) seules 5 500 tonnes le sont. Or, les « mines urbaines » concentrent beaucoup plus de métaux que l'extraction primaire.