La réutilisation de certains déchets de cuir dans les matières plastiques fait l'objet de réflexions. Une journée de conférences y a été consacrée à Lyon, organisée par les deux filières, le CTC (Comité professionnel de développement cuir, chaussures, maroquinerie) et la SFIP (Société fran çaise des ingénieurs du plastique). « La filière cuir a cette particularité notable qu'elle est fondée sur la valorisation d'un déchet », a souligné René Liauzon, responsable département cuir et tannerie au CTC. Tanneurs et mégissiers (petites peaux, ovins, caprins…) trans forment, en effet, un sous-produit des abattoirs (la peau de l'animal, fibreuse) en une matière imputrescible, noble et à forte valeur ajoutée : le cuir. Mais le long processus de fabrication qui conjugue une suite d'opérations mécaniques et chimiques génère à son tour des déchets : liquides (eaux de lavages des peaux) et solides (déchets de peaux et de cuir). Les professionnels savent traiter sans trop de difficultés leurs effluents et boues (stations d'épuration communales ou internes) et les déchets de peaux (restes de graisses et autres souillures) em pruntent des filières d'élimination ou de valorisation bien définies (fabrication de gélatine industrielle, d'amendements organiques, etc.). Pourtant, les déchets de cuir proprement dits posent un problème récurrent aux professionnels.
Des déchets chromés
« Il s'agit en particulier des dérayures, provenant des opérations d'égalisation du cuir par rabotage (…). Pour une tonne de cuir pur, a ainsi rappelé Laetitia Moulin, référente cuir à l'école d'ingénieurs Itech Lyon, on se retrouve avec 225 kg de déchets solides dont on ne sait que faire. » Le principal frein au recyclage vient du fait que ces déchets sont majoritairement chromés (85 % du tannage se fait au chrome 3). « Or, ces dernières années, les coûts d'élimination ont explosé : de 70 à 100 euros/tonne en CET, de 80 à 120 euros pour l'incinération. Sans compter que même s'il ne s'agit pas, selon la nomenclature, de déchets dangereux, de plus en plus de déchetteries industrielles, saturées, prennent le prétexte du chrome pour les refuser », explique René Liauzon. Résultats ? Les dérayures s'évacuent avec dif-ficulté. Au total, on estime que 2 000 tonnes/an de déchets chromés sont produites par les 65 en tre prises du secteur en France. Cinq étudiants de troisième année de l'Itech, encadrés par leurs professeurs, se sont donc penchés sur la réalisation d'un compo site cuir-plastique. L'expérience a porté sur la fabrication d'un mélange de polyoléfine (matrice) avec incorporation de 20 % à 30 % de dérayures préalablement broyés et transformés en granulés. Si les premiers tests (résistance, élasticité…) n'ont pas été très probants – les propriétés du plastique n'ayant pas été améliorées – « nous allons essayer avec d'autres matériaux plastiques », a conclu Laetitia Moulin.