Modestes dans leurs locaux, généreux dans leur chantier. Les Établissements David Dreyfus, à Saint-Dié-des-Vosges sont à l'image de l'état d'esprit de la famille Grobot qui est à leur tête : pas de clinquant inutile, on se concentre sur le service au client. D'une grande simplicité, l'atmosphère des bureaux évoque la saga plus que centenaire du récupérateur, par quelques photos qui parsèment discrètement les murs. Au dehors, les tas de ferrailles, eux, émergent de façon ostensible derrière le long mur qui longe l'artère menant au centre-ville.
Cette localisation proche du cœur de la cité symbolise combien l'entreprise de 19 salariés est liée avec l'histoire locale. Elle porte toujours le nom de son fondateur, au parcours emblématique. Né en 1866, David Dreyfus s'est installé à la fin du XIXe siècle à Saint-Dié-des-Vosges. Juif alsacien, il avait quitté sa région natale annexée par l'Allemagne. Il est l'un de ces nombreux entrepreneurs qui traversèrent alors les Vosges pour contribuer à l'essor de l'industrie française.
David Dreyfus démarre par la récupération de chiffons et peaux de lapins en carrioles, dans les villages alentours. Cette activité se poursuit jusqu'à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, l'entreprise renaît sous la houlette de Pierre Grobot, le mari de la petite-fille du fondateur. De la carriole, on passe au camion et des peaux de lapins à la ferraille. Et toutes les branches de la famille s'impliquent dans l'affaire, comme Max Jakubowicz, un ancien affineur. « Chaque génération a apporté sa pierre à l'évolution et au développement de la société », témoigne Jean-François Grobot, le fils de Pierre. Lui-même reprend les rênes avec son frère Bernard-Etienne, auquel le lie la passion de la course automobile. Celle-ci l'emportera en 1997. Toujours présent au quotidien, Jean-François a transmis à son tour le flambeau à son fils David, le cadet de cent ans du fondateur. Entré dans l'entreprise il y a quinze ans, David représente donc la cinquième génération.
Au rythme des mutations
Impossible de ne pas mentionner aussi Federec : la famille en a toujours été une cheville ouvrière au plan régional et Jean-François Grobot est aujourd'hui le convivial président de la fédération Est.
Depuis l'après-guerre, l'activité a été rythmée par les mutations de l'industrie vosgienne, du déclin de l'industrie textile à la métamorphose de la papeterie et à la diversification vers l'automobile, la plasturgie… « Fournir l'industrie de l'Est de la France, telle est et restera notre identité. Les métaux demeurent majoritaires, mais nous sommes devenus un recycleur toutes matières : papiers, cartons, plastiques. L'idée qui semble nouvelle à beaucoup que le déchet est une ressource, cela fait longtemps que nous l'avons fait nôtre », soulignent Jean-François et David Grobot.