Les acteurs de la filière sidérurgie et métallurgie défilent depuis quelques semaines devant les députés dans le cadre d'une commission d'enquête sur l'avenir de cette industrie en France. Après les producteurs et les transformateurs, place à la filière de recyclage. Pour en parler, la commission a invité Federec (Patrick Kornberg pour les non ferreux et Jean-Pierre Gaudin pour les ferrailles) le 10 avril dernier. L'objectif était de présenter le secteur de la récupération des déchets métalliques générés sur le territoire et d'exposer les atouts et les freins à son développement. L'occasion pour la fédération de remettre les pendules à l'heure et mettre en lumière quelques sujets qui fâchent. À commencer par les exportations. Sur un marché où a fortiori, l'industrie de la métallurgie est déclinante, et la sidérurgie ne compte plus que deux acteurs, comment conserver ses nouvelles matières premières ? Contrairement aux préjugés, la ferraille française part hors de l'UE à hauteur d'un million de tonnes par an sur 16 millions de tonnes générées sur le territoire. Parmi les destinataires : la Suisse, le Maroc, la Turquie. La consommation française est évaluée à 9 millions de tonnes ; le reste est expédié vers les pays voisins. Les métaux non ferreux subissent les fortes fluctuations du marché mondial. Sur les 2 millions de tonnes de métaux de seconde fusion produites en France, 1,5 millions de tonnes sont consommées sur place. Le reste est envoyé en Belgique et en Allemagne pour le cuivre ; en Italie et en Espagne pour l'aluminium.
Perte de valeur
La question de la fuite se pose davantage en amont selon Federec. Si les acteurs de la récupération ne peuvent rien faire contre les fermetures de fonderies ou de sites d'affinage, ils insistent sur les conséquences économiques de l'évasion au grand export de déchets comme les DEEE ou les VHU. Pour Igor Billimof, directeur général de Federec, « il s'agit purement et simplement d'une perte de valeur ajoutée ». Autre source d'inquiétude, les vols de déchets métalliques et les achats au détail. Face à l'obligation de payer dorénavant par chèque les achats de métaux, les récupérateurs français se retrouvent en concurrence directe avec les pays limitrophes, où la pratique est toujours basée sur du paiement en espèces. Cela peut dissuader les trafiquants de revendre leur marchandise mais cela n'empêche pas la recrudescence des vols de produits qui finissent pour le coup dans les pays voisins. « Si l'on souhaite instaurer ce nouveau mode de paiement, une harmonisation européenne est vitale tant au niveau des contrôles que des procédures commerciales ». Enfin, l'assurance-crédit a été évoquée, pour garantir le respect des délais de paiement. Et Igor Billimof de plaider : « Nous avons besoin de visibilité sur le marché pour développer de nouvelles unités de traitement et maintenir notre activité ».