Sans surprise, l'expérimentation sur la consigne de tri menée dans une cinquantaine de collectivités confirme des craintes pré-établies. Deux points noirs sur lesquels Eco-Emballages souhaite engager, dès à présent, des échanges et des pistes de solutions avec l'ensemble des acteurs de la filière. Premier constat prévisible : une productivité insuffisante des centres de tri. Le parc des centres de tri français se caractérise par un sous-dimensionnement par unité, un nombre important (environ 250) et une hétérogénéité technologique : « A ce jour, on ne peut pas confier de la même façon à tous les centres de tri le traitement des flux plastiques supplémentaires si l'on n'a pas la garantie d'une certaine qualité de produit en bout de chaîne à un coût compétitif », déclare Carlos de los Llanos, directeur technique. Un état d'esprit incompatible avec la démarche de bon nombre d'élus qui craignent plus de voir disparaître des emplois, remplacés par des machines, que la possibilité de transformer ces centres de tri en activité industrielle rentable. Et c'est là que la question se pose de nouveau : qui fait quoi ? La collectivité doit-elle se limiter à un tri grossier entre matériaux et confier le tri des grades plastiques à l'industriel ? Alors que ces futures nouvelles matières plastiques issues de barquettes, de pots de yaourts ou de films usagés sont destinées à répondre à un cahier des charges du transformateur industriel, le centre de tri est-il aujourd'hui en mesure de garantir une qualité désirée ? Des inquiétudes avaient déjà été exprimées par des recycleurs et régénérateurs à ce sujet, lors du colloque Ademe sur les filières de recyclage en octobre 2012. Eco-Emballages reprend aujourd'hui à son compte ces interrogations, faisant face à un dilemme : s'engager dans des investissements de modernisation des centres de tri (estimés jusqu'à 1 milliard d'euros – RR32/2012) en l'absence de débouchés viables pour les plastiques recyclés. Sur le gisement des emballages plastiques collectés, les films PE posent problème. Difficiles à séparer dans les centres de tri actuels sous-automatisés, ils sont mis en balles avec jusqu'à 40 % de films PP, des films complexes, du papier et autres indésirables. Pas de perspective à ce jour pour ce type de plastique associant un coût de transformation élevé et un prix de vente de la résine recyclée faible. En aval, Eco-Emballages ne cache pas son inquiétude sur le devenir de la société de recyclage pilote Régéfilms, toujours très fragile financièrement.
Traitement énergétique indispensable
Face à ces freins économiques, Eco-Emballages ne veut pas accélérer le processus. Éviter de revenir en arrière, oui ; généraliser à tout prix la démarche au territoire n'est pas envisageable à court terme. D'où l'élargissement à d'autres modes de traitement. Respectant la hiérarchie européenne, l'éco-organisme ne cache plus sa volonté d'encourager l'industrie à traiter le plastique ménager comme combustible de substitution ou par recyclage chimique. En témoigne le 3e appel à projets « plastique » (RR19/2013) dont la sélection est prévue fin août. En amont, Eco-Emballages poursuit ses travaux sur la recyclabilité des plastiques. Les premières conclusions seront dévoilées début 2014 en même temps que le bilan sur l'expérimentation des consignes de tri.