RR : Où en est la France avec son bois énergie ?
Bruno de Monclin : Nous faisons face à deux catégories de combustibles assorties d'enjeux bien distincts. La première porte sur les sous-produits forestiers transformés en pellets (granulés de bois) ou en plaquettes. Dans ce secteur que l'on pourrait croire acquis à la cause, rien n'est joué. La culture purement patrimoniale des propriétaires forestiers subsiste. Le manque d'industrialisation et de mécanisation est un frein énorme à la compétitivité du bois énergie dans notre pays. Les problèmes de sortie de bois de forêt et d'acheminement demeurent et les coûts au final s'en ressentent. Malheureusement, le projet de loi d'avenir sur la forêt ne semble pas inverser la tendance. Concernant la seconde catégorie, le bois de recyclage, nous sommes encore dans un contexte flou et balbutiant.
RR : Y a-t-il toujours autant d'obstacles à l'emploi de bois de recyclage ?
B.d.M : Les choses évoluent lentement mais sûrement, avec un train incontournable de réglementations nouvelles. Jusqu'à présent, les conditions de réception du bois énergie dans les chaufferies étaient peu réglementées. Aujourd'hui, seuls les déchets de bois naturel sont autorisés en chaufferie par la loi. Le bois de rebut de classe A, supposé propre et exempt de tout polluant, n'a pas reçu l'entière approbation des pouvoirs publics pour entrer en chaufferie. Avec le décret du 11 septembre 2013 modifiant la nomenclature des ICPE et la définition de la biomasse, nous voyons se clarifier le champ des produits admissibles : la rubrique 2 910 A accepte le bois naturel (sous-produits forestiers) et la rubrique 2 910 B permet de recevoir du bois de rebut. Pour aller plus loin dans l'acceptabilité de ces bois, nous avons créé un consortium d'organisations regroupant le Cibe, Federec, Fedene, SER, Amorce et FNB pour déposer début octobre un dossier sur la sortie de statut de déchet des bois de rebut propres et leur admission en 2 910 A.
RR : Quid du bois de classe B ?
B.d.M : Le bois de rebut de classe B, faiblement adjuvanté, fait l'objet d'une attention législative spécifique. Certaines chaufferies comme l'unité de Metz peuvent l'accepter, à condition de se doter de l'équipement et des contrôles adéquats pour les rejets. Pour l'instant, je pense que l'emploi de bois B en chaufferie restera une procédure individuelle, sous la responsabilité propre de l'exploitant. Alors que certaines filières de recyclage s'organisent pour collecter et valoriser le mobilier en fin de vie et les déchets de chantier, cela va forcément entraîner l'augmentation de flux de bois de recyclage. Si en face, on n'a pas les outils législatifs et techniques pour les valoriser, les conséquences risquent d'être dramatiques. Des chaufferies non homologuées, voire des feux à l'air libre pourraient ainsi brûler ce bois, avec tous les dégâts collatéraux que cela peut entraîner sur l'environnement et sur l'image du bois énergie. Tandis que l'Ademe soutient de nouveaux projets de chaufferies au bois naturel, les multiples procédures liées à la traçabilité du bois, au respect des normes sur les rejets gazeux et le traitement des cendres en font l'un des secteurs les plus réglementés sur les combustibles. (NDLR : Et créent un frein à l'utilisation de différentes ressources en bois). n