Le 5 et 6 février 2014, le 1er congrès de la Vallée du recyclage textile a réuni près de deux cents personnes à Tourcoing, au Centre européen des textiles innovants (Ceti). Des chercheurs, des industriels et des recycleurs venus échanger autour des dernières avancées destinées à optimiser la réutilisation des textiles usagés. « Nous visons tous la mise en place d'une économie circulaire mais pour l'atteindre, il nous faut améliorer la récupération, le tri et le traitement », a souligné lors de son intervention Pailak Mzikian, en charge des stratégies d'innovation pour une industrie textile circulaire chez Soex Group, un groupe allemand dont l'usine de recyclage textile emploie sept cents personnes Outre-Rhin. Il s'est lancé en 2013 dans la production de fibres de coton constituée d'un mélange de matière première vierge et de textile recyclé à l'aide d'un procédé mécanique. Chez Teijin, un géant japonais de la chimie, le recyclage des fibres de polyester se fait par voie chimique et donne lieu à de nouveaux vêtements. Pour preuve, le costume porté par Daisaku Osaki, responsable solutions fibres, venu parler de son procédé et annoncer la construction en Chine d'une grosse usine qui ouvrira ses portes courant 2015. Cédric Dever, directeur recherche biomatériaux au centre de valorisation industrielle Valagro, a montré comment séparer par des réactions sélectives de solvolyse les différentes matières d'un textile comportant du coton, de la laine, du polyamide, du polyester et du polyuréthane. « Nous avons prouvé la faisabilité technique de ce procédé en laboratoire et avons en projet une unité pilote », a-t-il précisé. L'entreprise hollandaise Feyecon a suscité beaucoup d'intérêt avec sa technologie CO2 supercritique permettant d'enlever le colorant des textiles usagés à base de polyester.
Christelle Merter, directrice qualité et chef de projet chez Happychic (entreprise de mode française rassemblant les marques Jules, Brice et Bizzbee) a présenté une veste en coton et polyester issue de fibres partiellement recyclées. Fort de la réussite commerciale de cet article test, le distributeur français lance en mai 2014 la vente d'une quinzaine de références de vêtements en textiles recyclés.
Des opérations de tri onéreuses
Prendre d'anciens vêtements pour en créer des nouveaux commence à se faire à grande échelle mais à un coût encore bien trop élevé pour concurrencer les articles confectionnés à partir de fibres vierges.
Car le recyclage textile passe par des opérations de tri d'autant plus onéreuses qu'elles sont souvent manuelles. D'où l'intérêt de la méthode d'identification par imagerie hyperspectrale présentée par Kris Van de Voorde du centre de recherche belge IMEC (spécialisé dans la nanotechnologie), et utilisée pour la classification de textiles en mélange. Avec sa machine de tri automatisé conçue dans le cadre du projet T4T et reposant sur une technologie de vision proche infrarouge, le hollandais Texperium arrive quant à lui à séparer les textiles par qualité de fibres et de coloris sur un tapis se déplaçant à 4,2 mètres par seconde. Beaucoup de résultats concrets à ce colloque dont la deuxième édition aura lieu dans un an.