Entre les industriels des plastiques biodégradables et la plasturgie, rien ne va plus. Dans son édition du 4 juin, Les Échos ont relayé le discours vindicatif de l'industrie du biosourcé, déplorant le blocage du décret sur la taxation des sacs plastiques. Et d'ajouter que si le décret ne sortait pas rapidement, une délocalisation de la production pourrait se mettre en marche. En toute logique, et c'est le but recherché, cette taxe devrait réduire l'utilisation des sacs de caisse en plastique traditionnel au profit des sacs en plastique biodégradable. Seul hic, pour la fédération de la plasturgie, cela pourrait avoir un impact sur l'emploi et sur l'environnement avec le risque de perturber la filière de recyclage. Pour Vincent Colard, chez Elipso, la question ne peut se poser en ces termes. Officiellement, le décret est bloqué car une étude d'impact est en cours ; officieusement, le gouvernement français attend la décision de Bruxelles pour bouger (suspendue au changement de Commission et de commissaire à l'Environnement). Très attachée au contenu de la directive Emballages, la France suit l'approche de l'Europe : à savoir, ne pas cibler un matériau en particulier (en l'occurrence les matières plastiques non biodégradables) au risque de générer une entrave à la concurrence ; accompagner cette mesure d'une vraie politique sur les biodéchets, impliquant la mise en œuvre d'une collecte et d'un traitement au sein d'une filière de compostage industrielle. Les sacs plastiques, tous types de résines confondus, sont produits à hauteur de 25 000 tonnes en Europe (la part des plastiques biosourcés représente moins de 5 %) dont 16 000 tonnes en France, tandis que la demande européenne s'élève à 80 000 tonnes. Autant dire que la part des importations reste majoritaire. Au-delà de cette pseudo-concurrence entre matières fossiles et biosourcées, le poids des importations mériterait sans doute de se poser les vraies questions sur la concurrence hors UE et la compétitivité des industries européennes dans ce secteur.