Faut-il développer la collecte des biodéchets pour mieux les valoriser ? La réglementation a tranché pour les gros producteurs, qui sont désormais « tenus de mettre en place un tri à la source et une valorisation biologique » (voir ci-contre). Pour les ménages, la question est plus controversée : les amateurs du compostage domestique contre les partisans du tri mécano-biologique, ceux qui expliquent qu'une collecte séparée est le meilleur moyen d'avoir une matière propre contre ceux qui tentent de prouver par a + b que le bilan environnemental de l'opération n'est pas bon… Une chose est sûre ; les professionnels et les collectivités qui se lancent doivent se demander comment le faire. « Le nerf de la guerre est la participation. Le choix du matériel de précollecte est donc un point clé », prévient Olga Kergaravat, spécialiste des biodéchets à l'Ademe. Dans son panorama européen*, l'agence de l'environnement met en exergue « les expériences italiennes et catalanes » qui misent sur la distribution aux ménages de « sacs biodégradables en papier ou en bioplastique avec des bio-seaux ajourés ». Ce binôme fonctionne car l'humidité générée par les déchets s'évapore facilement. « Il y a donc moins d'odeurs et de risques de voir son sac tomber et se déchirer quand on le transfère dans un bac », poursuit l'ingénieure.
En entreprise s'ajoutent des contraintes organisationnelles et sanitaires puisque la manipulation des denrées est très encadrée. Pour les déchets de préparation, « les restaurateurs ont obtenu le droit de mettre une seconde poubelle sur leur plan de travail à condition qu'elle soit hygiénisée avant utilisation », précise Stéphan Martinez, vice-président du Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs (Synhorcat). Pour éviter les allers-retours entre la cuisine et le local à déchets, le spécialiste des lave-vaisselle pour la restauration collective Meiko propose une offre plutôt originale.
Miser sur le séchage
Travaillant pour des bateaux sur lesquels il est difficile de se déplacer et où il n'est pas question de jeter les déchets par-dessus bord, cette société a développé un système de collecte, de tri, de transport automatisé et de stockage des biodéchets qu'elle décline désormais dans les cuisines lambda. Des collecteurs sont installés en cuisine, et les déchets aspirés et broyés avant d'être conservés dans une cuve. À l'École polytechnique, qui a déployé le premier équipement, les restes de repas arpentent 80 mètres de tuyauterie jusqu'au local à déchets. « Dans les sites plus petits, l'installation est plus simple », assure Olivier Robin, président de Meiko France. Les biodéchets ont un foisonnement évalué à 1,4, c'est-à-dire que chaque kilogramme de déchet occupe 1,4 litre (d'où l'intérêt du broyage). En outre, ils ont un inconvénient majeur : ils sont humides, donc lourds. Dans un guide pratique**, l'Ademe évoque la possibilité pour les gros producteurs de miser sur le séchage préalable. Cette forme de prétraitement a un avantage majeur : sa capacité à réduire le poids du gisement de 70 à plus de 90 % et son volume d'environ la moitié, tout en stabilisant la dégradation organique, ce qui augmente la durée de stockage potentielle des biodéchets. En contrepartie, en plus de son coût, l'installation génère une consommation énergétique, estimée par l'Ademe entre 0,6 et 1 kWh par kilogramme de déchet. Surtout, elle produit des eaux de condensation qui ne peuvent être déversées dans le réseau d'assainissement sans un certain nombre de précautions.
Pour ceux qui ne font pas le choix du séchage, le poids des biodéchets limite la capacité réelle des bacs de collecte. « Un conteneur de 600 litres n'accueille que 30 % de son volume du fait de la capacité des roulettes à supporter les charges », souligne Olivier Robin, rappelant que la facture reçue ne répercute pas ce manque à gagner ! Une alternative existe : la mise en place de caisses-palettes beaucoup plus volumineuses, mais nécessitant un Manitou pour être soulevées, ou le recours à des cuves étanches, comme chez Meiko. Grâce à un apport d'air limité et à un PH acide (environ 3,4), cette option ne génère pas de fermentation donc limite la fréquence de collecte et les coûts cachés comme le temps passé au nettoyage des conteneurs. Une fois par mois, par exemple, un camion-citerne vient pomper les biodéchets via une borne de raccordement qui peut être installée en dehors du bâtiment. « Jusqu'à maintenant, on misait plutôt sur des modèles de trois mètres cubes taillés pour traiter environ 800 couverts par jour. Nous allons proposer des systèmes plus compacts pour suivre l'évolution réglementaire », note Olivier Robin. De leur côté, la société Schroll et sa filiale Recybio proposent à leurs clients des bacs (avec un service de nettoyage associé), des caisses, et une cuve étanche pour la collecte en apport volontaire. Destiné aux collectivités, le Tube est un conteneur semi-enterré équipé d'un tambour pour les ménages et de trappes lorsque des gros producteurs y ont accès. Le dispositif est dimensionné pour 400 foyers (donc 1 000 personnes) et a l'avantage d'être accessible 24 heures/24. Dans la communauté de communes Essor du Rhin qui a testé puis généralisé ce modèle, « les usagers déposent en moyenne 2,5 kg de déchets à un rythme hebdomadaire », souligne Jérémie Friedrich, responsable du développement chez Recybio. Un système informatique optimise le ramassage en prévenant l'exploitant lorsque le conteneur est presque rempli. Il est alors chargé sur un camion et remplacé. « Nous voulions éviter les désagréments liés au vidage sur la voie publique. »
Tarification incitative
« Avant même de choisir du matériel, la collecte de biodéchets ne fonctionne que s'il y a un portage politique fort des élus locaux, souligne Olga Kergaravat. C'est leur travail de sensibilisation qui permet aux techniciens d'être efficaces. » La communication est d'autant plus essentielle quand on mise sur l'apport volontaire. « L'expérience montre que les points de regroupement n'incitent pas toujours les ménages à participer. On trouve parfois beaucoup d'impuretés. À Milan, par exemple, le porte-à-porte fonctionne mieux. En France, on manque encore de retours d'expériences. » À Essor du Rhin, « nous avons un taux de refus proche de zéro avec un ou deux sacs plastique de temps en temps, positive Jérémie Friedrich. Ceux qui adhèrent au système le font correctement et comme il faut s'authentifier par badge, on ne peut pas faire n'importe quoi ». Les clés de la réussite selon lui : la communication et la tarification incitative mise en place parallèlement. Depuis le 1er mai, 85 % des ménages sont équipés d'un badge ; 72 % s'en servent. « Certains utilisent parallèlement un composteur, d'autres non. Tout dépend de la saison. On a plus de mal à aller au fond du jardin en plein hiver », poursuit-il. Cerise sur le gâteau, le nouveau conteneur a permis d'augmenter de 5 % le taux de collecte des autres déchets en apport volontaire.