L'année 2014 fut celle d'un double record pour Aliapur : celui de la collecte des pneus usagés, qui a flirté avec les 315 000 tonnes, et celui de l'export. Plus du tiers des pneus récupérés ont pris le chemin de l'international, sous forme de broyats, pour approvisionner l'industrie cimentière au Maroc et en Suisse, des granulateurs en Allemagne et en Hollande, une chaufferie urbaine en Suède, et une aciérie luxembourgeoise. C'est en Allemagne, notamment, que sont envoyés les pneus réceptionnés par le danois Genan, sur son site de Montauban. Le granulateur s'y est implanté courant 2014, après que Regene (Suez) y eut cessé son activité de broyage et de granulation. Il a repris huit salariés. Selon un accord de cinq ans signé entre Aliapur et la société danoise, celle-ci est censée investir dans la construction d'une usine, a priori dans le Tarn-et-Garonne. Au siège de Genan, contrô-lé depuis l'an dernier par le fonds de pension PKA, l'heure semble surtout au redressement des comptes. Le devenir des 20 000 tonnes par an concernées reste à préciser. Par ailleurs, un pneu réutilisé sur cinq part vers le continent africain ou l'Europe de l'Est. Ces deux tendances se combinent à une troisième, la prééminence de la valorisation énergétique qui dépasse – de peu – le seuil de 50 % voulu par les arrêtés en préparation. Si les quantités augmentent, les débouchés hexagonaux de recyclage peinent à suivre. Ce mode de valorisation atteint près de 30 % en 2014, contre 16,6 % pour le rechapage et la vente d'occasion. Éric Fabiew, qui vient de passer le flambeau, début 2015, à Hervé Domas en tant que directeur général, s'interroge : « Cela fait dix ans que nous soutenons la filière. Est-ce pertinent ? Le granulat est à 140 euros la tonne, alors qu'il faudrait qu'il soit à 240 euros pour que ce soit équi-libré. Il est extraordinaire que le déchet de production, l'acier, se vende plus cher que le produit lui-même. » D'où la recherche de nouvelles filières. Ce pourrait être celle des pièces moulées. Ces dernières sont au cœur du métier du granulateur allemand HET qui vient d'ouvrir une usine en Moselle, pour produire notamment des éclisses de tramway. Parmi les autres pistes possibles pour le recyclage : l'enrobé bitumineux à base de granulat, destiné à la construction des routes, les isolants phoniques pour le secteur du BTP, ou la micronisation, en vue d'une incorporation de la matière recyclée dans des pneus agricoles ou de génie civil.
Pneu payant en cimenterie
En revanche, Aliapur est parvenu à renverser la vapeur auprès des huit cimenteries qu'il alimente en France. Elles lui versent désormais 5 à 10 euros la tonne livrée. Un montant symbolique, mais « auparavant, nous leur donnions de l'argent », rappelle Éric Fabiew. Ce tarif est à comparer aux 25 euros la tonne que reçoivent les cimentiers lorsqu'ils valorisent les CSR. Pour contrer cette concurrence, l'éco-organisme entend « passer d'un broyat de pneu générique à un format adapté à chaque four ». Il teste aussi, avec deux cimenteries, des broyats associés à des CSR. Enfin, tandis que son chiffre d'affaires annuel s'élève à 53,6 millions d'euros, Alia-pur a baissé le montant de la contribution amont, passée de 1,35 à 1,25 euro HT pour le pneu de tourisme.