Mars 2008 sonnait la fin d'un mandat long de sept années pour les maires et les conseillers municipaux de France. A ce moment précis près de 90% des maires sortants étaient des hommes et un sur deux en fonction depuis vingt ans au moins. Sur 36 782 communes, 4 082 étaient dirigées par une femme, la moitié comptant moins de 500 habitants. Eh oui ! Plus une ville est peuplée et moins elle a de chance de voir une femme s'asseoir dans le fauteuil de maire, même la nouvelle loi sur la parité n'a pas changé grand-chose à l'affaire...
Mars 2008, près de 515 000 sièges de conseillers municipaux étaient donc remis en jeu. De ces rangs, de nouveaux maires élus ou réélus, tous dotés des mêmes pouvoirs, mais pourtant loin de bénéficier des mêmes moyens.
Maires des villes et maires
des champs
Alors, qui sont les nouveaux maires sortis des urnes le 16 mars dernier ? La taille de la commune détermine souvent le profil de ces nouveaux édiles. En France, deux communes sur trois comptent environ 1 000 habitants, elles ne sont que 874 à dépasser les 10 000 administrés. Un écart démographique conséquent qui explique en partie le portrait que l'on peut dresser des nouveaux élus. Etre maire d'une commune rurale, c'est disposer de moyens très inférieurs à un maire urbain puisque l'indemnité de fonction du premier est environ de neuf fois inférieur à celle de son collègue des villes. « En milieu rural, être maire est un sacerdoce. Inversement, au-delà de 10 000 habitants, c'est un vrai professionnel de la politique qui vit de son mandat électif », constatait Patrick Le Lidec, chercheur au CNRS, dans les colonnes des Echos. Aussi, pour assurer pleinement son mandat dans une petite commune, mieux vaut être retiré de la vie active ou exercer une profession dont l'emploi du temps peut être « assoupli » en cas de besoin. On comprend alors pourquoi certaines catégories socio-professionnelles sont « surreprésentées » (voir encadré).
Vous avez dit Madame le Maire ?
Même si la loi impose une stricte alternance homme-femme sur les listes, une fois encore, le cru 2008 des maires reste très masculin. « Malgré la parité, les partis politiques ont encore beaucoup de mal à faire confiance aux femmes. Avec 83,5% d'hommes investis tête de liste aux élections municipales et 79,1% d'hommes candidats aux cantonales (pour autant de suppléantes), les partis politiques français continuent à faire figure de mauvais élèves tant au niveau européen qu'au niveau international », notait la députée Marie-Jo Zimmermann, Présidente de l'Obervatoire de la parité (www.observatoire-parite.gouv.fr) lors d'une conférence de presse. Cependant, la féminisation des conseils municipaux augure d'un réel renouvellement du monde politique car, selon l'Observatoire, les conseillères municipales sont plus jeunes que leurs collègues masculins : 55% ont entre 18 et 24 ans ; 42% plus de 65 ans. Il faudra donc compter avec elles dans les prochaines années !
Diversité : peut mieux faire...
-e sujet de la « diversité » ou des « minorités visibles » sans être totalement tabou, a suscité bien des hésitations et des circonvolutions verbales lors de la campagne électorale pour les municipales. Ce fut aussi l'un des thèmes de campagne de plusieurs candidats : la présence de candidats d'origine étrangère sur leurs listes. Citoyens à part entière ou entièrement à part, ces candidats là peinent encore à trouver leur place, notamment à des postes de responsabilité. Conseiller municipal oui, adjoint... faut voir... Le Comité national pour la diversité créé par le CRAN (Conseil représentatif des associations noires ; www.lecran.org) et composé de représentants des principaux partis politiques et de militants associatifs dresse un bilan sévère mais réel : « Le résultat est affligeant : environ 2 000 conseillers municipaux de la diversité (noirs, arabo-maghrébins, asiatiques, personnes handicapées...) sur les 520 000 conseillers municipaux de France soit environ 0,4%. »
Comme le souligne Vincent Tiberj, chercheur au Cevipov, partageant en cela l'opinion d'un maire du Puy-de-Dôme : « Inutile de se bercer d'illusions, l'émergence d'une vraie représentation des Français issus de l'immigration prendra du temps, non parce que les partis sont racistes, mais parce qu'ils sont plus frileux que leur électorat. Ils ont beaucoup de mal à proposer de nouveaux schémas. » Et si l'on parlait de citoyens français, tout simplement...