Déforestation, pesticides, élevage intensif, quotas de pêche, gestion de l’eau ou encore régimes alimentaires favorables au climat : les sujets liés à l’avenir des systèmes alimentaires suscitent des débats de plus en plus tendus. Pour les auteurs de cette prise de position, cette polarisation peut pourtant freiner les transformations nécessaires face aux enjeux environnementaux. Plutôt que de rester en retrait des controverses, les scientifiques sont ainsi invités à prendre une place plus active dans le débat public. L’objectif n’est pas de rechercher à tout prix un consensus, mais de créer les conditions permettant aux différents acteurs de confronter leurs points de vue et de construire des solutions communes.
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Les auteurs soulignent que les questions agricoles, alimentaires, sanitaires et environnementales sont souvent réduites à des choix opposés : protection de la nature contre développement économique, production agricole contre biodiversité, rendement contre santé publique. Cette lecture binaire tendrait à masquer la complexité des situations, mais aussi les différences de valeurs, d’intérêts et de rapports de force entre les parties prenantes. Pour Patrick Caron, chercheur au Cirad et co-président d’Agropolis International, cette simplification empêche notamment de s’attaquer aux causes profondes des crises alimentaires et environnementales. Pourtant, de nombreuses initiatives et innovations existent déjà. Le problème résiderait davantage dans la difficulté à faire dialoguer les acteurs et à dépasser les affrontements qui empêchent leur mise en œuvre à plus grande échelle.
Faire du désaccord un levier
Pour répondre à cette difficulté, l’équipe propose un cadre de dialogue transdisciplinaire en quatre étapes. La première consiste à identifier les différents acteurs concernés, mais aussi leurs valeurs, leurs intérêts et leurs positions. Vient ensuite la création d’un espace de dialogue suffisamment sûr pour permettre à chacun d’exprimer ses désaccords. L’objectif est également de rendre ces divergences explicites plutôt que de chercher à les dissimuler derrière un consensus artificiel. La dernière étape consiste à co-construire des décisions impliquant plusieurs secteurs et pouvant être acceptées par les différentes parties prenantes.
Une approche déjà expérimentée
Les chercheurs s’appuient notamment sur un exemple mené dans les contreforts de la Sierra Nevada, en Californie. Pendant une dizaine d’années, agriculteurs, ingénieurs et associations environnementales ont participé à un processus de dialogue autour d’un projet de barrage.
Les échanges ont permis de faire émerger une alternative permettant à la fois de répondre aux besoins d’irrigation agricole et de préserver le fonctionnement des écosystèmes. Une solution qui, selon les auteurs, a permis d’éviter que le conflit ne se déplace vers les tribunaux ou la sphère politique. À travers cet exemple, les scientifiques défendent une conception de leur rôle qui dépasse la seule production de connaissances. Leur implication dans les débats publics pourrait contribuer à rapprocher les savoirs scientifiques des réalités de terrain et à créer des espaces où les désaccords deviennent un point de départ pour l’action. Pour les auteurs, renforcer ces capacités de dialogue entre monde scientifique, acteurs économiques, société civile et pouvoirs publics constitue ainsi une condition pour accélérer les transformations des systèmes alimentaires.