Pelican Venture, dont vous êtes le président, a pris le contrôle des deux fabricants de mâts éoliens français, Céole et Siag. Quelle est la logique industrielle de ce rachat ?
En tant que fondateur du groupe Pe-lican et ancien délégué à la petite et moyenne industrie au ministère de l'Industrie dans les années 80, je suis particulièrement attaché au maintien en France d'activités industrielles. Nous étions les seuls repreneurs de ces deux sociétés et nous avons maintenu les 200 emplois existants. Mais au-delà de cette histoire personnelle, je pense que la filière éolienne française est promise à un grand avenir. L'opportunité de racheter Siag au Creusot et Ceole à Dijon, les deux entreprises de fabrication de mâts éoliens françaises, s'est présentée et je l'ai saisie. Franceole est une filiale du groupe Pelican, comme l'est aussi le groupe Gorgé. Mais il n'y a pas de synergie industrielle particulière.
Quels sont vos objectifs ?
Nous allons recapitaliser ces entreprises et injecter des fonds importants pour moderniser l'outil industriel, car notre première préoccupation est d'assurer la pérennité des opérations. Au-delà du programme d'investissement qui devrait dépasser le million d'euros, nous allons rationaliser les flux de production. Pour gagner de l'argent, Franceole doit faire tourner les deux sites à plein régime, c'est-à-dire produire globalement 120 à 150 mâts par an. Ce que j'espère atteindre dès cette année. Notre ambition, au-delà de nos clients actuels que sont Repower et Vestas, est de conquérir de nouveaux marchés, et convaincre tous les grands du secteur éolien. À l'horizon 2020, le marché global des mâts pour éoliennes terrestres devrait représenter environ 150 millions d'euros en France.
Quels sont vos concurrents ?
Aujourd'hui, nous avons des concurrents en Allemagne, dont proviennent un mât éolien français sur deux, et en Espagne, qui fournit 20 % du marché français. Les autres mâts sont fabriqués directement par des fabricants d'éoliennes, qui intègrent les différents composants. C'est le cas d'Enercon qui a ouvert une usine de mâts en béton près de Compiègne.
Comment jugez-vous le marché français ?
J'ai la conviction que produire français a du sens. Non seulement par responsabilité citoyenne, mais aussi en raison de la qualité des productions et de coûts logistiques plus faibles que ceux des produits importés. Je crois très fermement à la reprise du marché éolien français après deux années de stagnation. On peut espérer l'installation en 2013 de 400 à 500 éoliennes, du fait notamment de la suppression d'obstacles réglementaires inutiles. Reste à espérer la fixation d'un tarif d'achat stable. Dans l'instabilité, aucune industrie ne peut se développer.
Visez-vous aussi le marché de l'éolien marin ? Sous quelles conditions, Franceole pourra-t-elle y répondre ?
Évidemment, nous pensons aussi à l'offshore. Mais l'éolien marin, c'est plus compliqué, non pas tant sur les produits – Franceole sait les fabriquer – que sur la logistique. En effet, si un mât d'éolienne terrestre se transporte par la route, ce n'est pas le cas pour une éolienne marine. Il fait disposer d'une usine sur le port, ce qui fait sérieusement monter les coûts d'approche. Attendons que le marché s'ouvre.