C'est une nouvelle étape dans le bras de fer sino-européen. L'Alliance pour l'énergie solaire abordable (Afase), le 19 février, elle a présenté une étude menée avec l'institut Prognos. Leur thèse ? Taxer aux frontières de l'Union européenne les produits photovoltaïques chinois entraînerait une baisse de la demande dans les États membres, et y détruirait dans les 3 ans jusqu'à 242 000 emplois. C'est le pire des trois scénarios étudiés (droits de douane à 20, 35 et 60 %). Immédiatement, l'association EU Prosun d'entreprises européennes du solaire a dénoncé la méthodologie de l'étude et ses « combines mathématiques ». A la mi-2012, EU Prosun avait déposé plainte auprès de la Commission européenne. L'association accuse les autorités chinoises de soutenir leur industrie en enfreignant les règles de libre-échange de l'OMC. « En une année, la Chine exporte pour 21 milliards d'euros de matériels photovoltaïques à 80 % subventionnés », chiffre Mogens Peter Carl, porte-parole d'EU Prosun. D'ici à trois mois, Bruxelles doit rendre son avis sur cette plainte et, éventuellement, décider de mesures temporaires. Puis d'autres définitives dans les quatre mois suivants. « Le problème européen, c'est cette inertie déconnectée de la réalité économique », déplore l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot. Car le paysage photovoltaïque change très vite : « 90 % de ce que nous installons en Europe vient de Chine, contre zéro il y a 4 ou 5 ans, retrace Mogens Peter Carl. L'État chinois a décidé de dépenser ce qu'il fallait pour s'accaparer le marché. » Contrairement à l'éolien, la Chine installe peu de centrales solaires sur son territoire : 95 % de sa production de matériels photovoltaïques est exportée, ce qui déséquilibre le marché. « La demande n'est subventionnée que dans les pays de l'Ouest. Difficile de gérer dans une économie mondialisée une filière construite sur des politiques publiques, analyse Matthieu Glanchant, professeur à Mines Paris Tech, spécialiste des transferts de technologies. Le photovoltaïque est représentatif d'un problème structurel que l'on pourrait retrouver dans d'autres filières de l'économie verte. »