« La transition carbone est en marche. Il existe des signaux faibles. Mais c'est un chemin collectif qui ne pourra se faire que s'il est rendu désirable », observe Hélène Le Teno, manager au cabinet Carbone 4. Elle a piloté une étude du think-tank The Shift Project pour la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Ses conclusions ont été présentées le 16 avril et commentées par divers experts. « L'étude se fonde sur des expériences concrètes existantes. Elle nous a permis d'identifier les priorités et les résistances au changement », se réjouit Clément Lecuivre, directeur du département analyse stratégique, innovation et développement durable à la CDC. The Shift Project s'est penché sur la consommation des ménages pour l'alimentation, la mobilité et le logement. Sans être exhaustif, le travail a porté sur une vingtaine d'actions, aussi bien dans l'efficacité énergétique des exploitations agricoles que l'intermodalité, ou encore l'industrie des matériaux innovants. L'ensemble pourrait générer 250 000 emplois, réduire la facture énergétique annuelle de la France de 7 milliards d'euros, et ses émissions de gaz à effet de serre de 50 millions de tonnes équivalent CO 2 sur 5 ans en investissant 77 milliards d'euros. La méthode ? « Il faut des changements plus structurels que les seuls éco-gestes », a commenté Bruno Ma-resca, directeur de recherche au Credoc, prenant le contre-exemple du tri sélectif. « Il a conforté un système de production générant beaucoup d'emballages sans changer les modes de consommation. » La transition reposerait plutôt sur des projets à petite échelle, « disséminés dans les territoires, des lieux de mutualisation et d'expérimentation, socles d'une appropriation citoyenne », décrit Julien Dossier, fondateur du cabinet de conseil Quattrolibri. Communication positive sur le plan national et fléchage d'investissement vers des fonds régionaux et des projets de PME : « Ce qui manque, c'est d'arriver à construire un discours de rationalité économique », juge Nicolas Blanc, directeur projets innovation et développement durable à la CDC. L'étude caractérise justement les sources de financement : épargne, fonds publics, monnaies complémentaires, etc.