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[Tribune] La continuité écologique des cours d’eau en question

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[Tribune] La continuité écologique des cours d’eau en question
Par Anne-Jeanne Sila, chargée de mission chez Orchis Ingénierie – Analyse de projets de développement territorial et Rémi de Laage, socio-anthropologue, chargé de projet chez Orchis Ingénierie – Sciences Sociales Eau, Environnement & Développement durable., le 9 octobre 2018
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Cette semaine, Rémi de Laage et Anne-Jeanne Sila, chargés de projet et mission chez Orchis Ingénierie, reviennent sur la notion de restauration de la continuité écologique des cours d’eau. Ils détaillent plusieurs cas concrets d’entretien de barrages, de maintien des moulins ou encore d’évaluation de l’hydromorphologie, afin d’assurer "une meilleure circulation des espèces piscicoles".

En France, l’objectif d’atteint du bon état écologique des eaux et des milieux aquatiques s’affirme à travers une politique qui vise une meilleure circulation des espèces piscicoles et le rétablissement du transit sédimentaire1. Mais les avis restent partagés sur les objectifs concrets et les bénéfices réels de ces actions. La notion de restauration de la continuité écologique est ainsi actuellement au centre de débats, contestations et polémiques. En cause, la compréhension d’une réalité complexe aux enjeux multiples.

Le principe d’un régime hydrologique naturel

Introduite en 2000 sous la triple impulsion de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), du Grenelle de l’environnement et de la Loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA), la notion de continuité écologique repose sur la « libre circulation des organismes vivants notamment les poissons migrateurs et leur accès aux zones indispensables à leur reproduction, leur croissance, leur alimentation, leur abri, le bon déroulement du transport naturel des sédiments ainsi que le bon fonctionnement des réservoirs biologiques »2. En France, il existe plus de 60000 seuils, moulins et barrages dont 90% sont sans usage économique avéré et moins de 4% disposent d’équipements pour le franchissement piscicole. Ils constituent de fait un obstacle aux cours d’eau. On assiste ainsi depuis une dizaine d’année à une politique d’arasement voir de destruction de ces ouvrages historiques. Pourtant, un grand nombre d’entre eux, parfois très anciens, ont imposé un nouvel équilibre sur les profils hydromorphologiques3.

D’autre part près de 40% de ces obstacles ne dépassent pas 1,5m. Aussi, afin de répondre aux enjeux de la continuité écologique, nous sommes en droit de nous demander quelle stratégie, plus qu’une autre, est en mesure de s’imposer. Les tensions entre politiques, exploitants et usagers, révèlent finalement des divergences de fond à propos de la « rivière idéale », et « de ce qu’en constitue le patrimoine (naturel/culturel), de qui doit en décider et comment, et enfin de quelle manière on associe, ou non, les acteurs les plus directement concernés »4.

La continuité écologique : un chantier précipité ?

Les contestations autour des arguments et des actions de la DCE pour la continuité écologique interpellent notamment sur les fondements scientifiques de cette politique. Les critères hydromorphologiques ne sont pas les seuls grands déterminants d’un bon déroulement du transport des sédiments. L’étude de cas au plan géomorphologique du Bassin du Gapeau, petit fleuve côtier du département du Var, a démontré que le déficit sédimentaire pouvait relever de causes multiples, comme la montée du niveau de la mer, les mesures de protection du littoral ou encore le transport sédimentaire depuis les terres5. Des chercheurs allemands dévoilent aussi que, même après 15 ans, les mesures de restauration morphologique des rivières ne parviennent pas à justifier une restauration des espèces piscicoles et à produire le bon état écologique au sens de DCE6. Enfin, une analyse sur 44 projets de restauration de rivière en France a démontré que la qualité de la stratégie d’évaluation utilisée restait trop pauvre pour comprendre correctement le lien entre projet de restauration et changement écologique7. Les écosystèmes sont finalement des systèmes complexes et il est difficile de prédire leur mutation. Si des solutions de bon sens doivent s’imposer pour assurer la montaison et la dévalaison piscicole ainsi que la continuité sédimentaire, la destruction des ouvrages comme solution prédominante condamne leurs fonctionnalités directes, les usages associés et les services écosystémiques rendus.

Réévaluer les ouvrages et leurs impacts

La destruction des ouvrages impacte également l’hydromorphologie des cours d’eau. Les ouvrages historiques constituent des refuges et des réserves en eau utiles à l’ensemble de la faune et de la flore, qui a su se réadapter au fil du temps à cet environnement artificiel. L’ouvrage qui a atteint un siècle arrive à un certain équilibre écologique et sa destruction risque d’entrainer des modifications sur plusieurs kilomètres, ce qui est difficile à appréhender. Il est alors nécessaire de bien distinguer les typologies d’ouvrages, de cours d’eau et de milieux.

Les seuils en rivières sont en réalité des aménagements tout à fait équipables en montaison et dévalaison et ont finalement très peu d’impact sur la continuité sédimentaire. L’installation de barrages gonflants, de vannes de curage sédimentaires ou encore de passes à poissons permettent de conserver les usages existants tout en atteignant les objectifs de continuité écologique. Le maintien des moulins évite aussi de remodeler toutes les fonctionnalités environnementales, sociales, économiques. La remise en service du moulin des Arènes à Prémian, dans la vallée de l’Orb et du Jaur, a ainsi fait renaître les usages traditionnels d’irrigation et d’exploitation des jardins, permettant un retour à une agriculture locale et la consommation de biens en circuits courts. Aussi, la remise en exploitation du moulin va permettre de suivre et de mieux connaître le fonctionnement écologique et hydromorphologique du cours d’eau, tout en réduisant le risque de déplacer le problème plus loin. En outre, à l’échelle de la commune, la turbine installée permet de produire 150000 kWh/an, équivalent à la consommation de 20 foyers.

Prendre en compte les systèmes socio-écologiques

Le cadre et les modalités de mise en œuvre des actions de la continuité écologique laissent finalement apparaître une prise en compte inégale entre les dimensions patrimoniales, socio-culturelles et environnementales. En passant d’une approche intégrée de l’eau à une approche hydraulique du fonctionnement et de la gestion des cours d’eau, l’accent est mis davantage sur l’eau en tant que milieu naturel et sur la rivière en tant qu’écosystème et espace de vie, que sur leurs dimensions productives et utilitaristes »8. Si nous sommes amenés à légiférer sur le vivant, nous devons rester modestes, car les trajectoires des systèmes écologiques sont difficilement prédictibles9. Les opérations de restauration de la continuité écologique des cours d’eau sont des démarches complexes tant au niveau écologique qu’au niveau socio-économique. Ainsi, chaque décision doit se prendre au cas par cas : il n’y a pas un barrage ou un seuil qui ressemble à un autre ! Les systèmes écologiques et sociaux sont aléatoires, aussi la protection de la biodiversité ne peut être figée par des lois reposant sur des présupposés normatifs10. Afin d’éviter des erreurs d’analyse entre coûts et bénéfices, cette protection doit donc se faire en tenant compte de toutes les dimensions, ainsi qu’une approche temporelle des enjeux. Au final, si l’objectif de continuité est incontournable, il peut être assuré avec des solutions harmonieuses qui intègrent la question du rapport entre l’Homme et l’Environnement et rééquilibrent gain écologique, socio-économique et valeur patrimoniale.

1: Article L 214-17 du Code de l’Environnement
2: Idem
3: De 40 000 moulins à la fin du 13e siècle, la France est passée à 100.000 au début du 19e siècle. Braudel, 1986
4: CGEDD, 2016
5: Dufour et al. 2017
6: Lorenz et al, 2018
7: Morandi et al, 2014
8: Perrin, 2017
9: Davies, 2008
10: Lévêque, 2017
Anne-Jeanne Sila, chargée de mission chez Orchis Ingénierie – Analyse de projets de développement territorial et Rémi de Laage, socio-anthropologue, chargé de projet chez Orchis Ingénierie – Sciences Sociales Eau, Environnement & Développement durable.
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