Un sol argileux se comporte comme une éponge. Il perd du volume quand il sèche et il le reprend quand l’eau revient. Une maison fondée superficiellement sur ce sol suit le mouvement, rarement de façon homogène, et la fissuration apparaît. Le phénomène est lent, saisonnier, et il ne se voit pas depuis la rue avant plusieurs années.
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Ces chiffres sont nationaux. Nous avons voulu les ramener à l’échelle qui sert à décider, celle de la commune. Expert Fissure IDF a croisé trois sources publiques pour les 1 266 communes franciliennes : la cartographie de l’aléa argile diffusée par Géorisques, l’historique des arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse depuis 1989, et le recensement de l’Insee pour l’âge du parc de maisons individuelles. Le résultat est un indice communal publié en licence ouverte sur data.gouv.fr.
Ce qu’il montre tient en quelques nombres. Rapportée aux communes couvertes par la cartographie, la surface régionale classée en aléa moyen ou fort atteint 79 %, dont 29 % en aléa fort. Mille quatre-vingt-seize communes ont plus de la moitié de leur territoire dans cette situation, et 9,1 millions de Franciliens y résident. L’Île-de-France compte par ailleurs 1,4 million de maisons individuelles occupées en résidence principale, dont 43 % ont été achevées avant 1971, à une époque où l’étude de sol préalable n’existait pas dans la pratique courante. Enfin 2 734 arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse ont été publiés depuis 1989 sur le territoire régional, jusqu’à treize pour une même commune.
La carte nationale a changé en janvier. L’arrêté du 9 janvier 2026 a mis à jour le zonage de 2020 pour tenir compte du climat observé et de la sinistralité récente. Les zones d’exposition moyenne à forte couvrent désormais 55 % du territoire métropolitain contre 48 % auparavant, et le nouveau zonage devient opposable au 1er juillet 2026 pour les ventes de terrains constructibles et les contrats de construction de maison individuelle. À barème constant, nous avons recalculé l’effet de ce changement en Île-de-France : 508 communes voient leur score d’exposition monter, 354 restent stables et 403 descendent. La révision n’aggrave donc pas uniformément la situation régionale, elle la redessine. Vingt des trente hausses les plus fortes concernent des communes du Val-d’Oise.
Reste le point qui nous paraît le plus mal compris. Sur les 1 265 communes classées, 587 n’ont jamais fait l’objet d’un arrêté de catastrophe naturelle sécheresse, soit près de 2,6 millions d’habitants. Ces territoires ne sont pas moins argileux que leurs voisins. Ils n’ont simplement pas connu l’épisode climatique reconnu comme anormal, ou la commune n’a pas déposé de demande. Pour un propriétaire fissuré, la conséquence est directe : sans arrêté, pas d’indemnisation au titre des catastrophes naturelles. L’exposition d’un sol et l’assurabilité d’un sinistre sont deux choses différentes, et c’est précisément là que la lecture de la donnée publique dérape le plus souvent.
Il faut donc dire aussi ce que cet indice ne dit pas. Il ne descend pas à la parcelle. Une commune peut associer un plateau argileux et un fond de vallée alluvionnaire, et l’indice lui attribue pourtant une valeur unique. Il ne conclut sur l’origine d’aucune fissure : cela relève des sondages, des essais et du suivi dimensionnel. Il ne prédit pas non plus un sinistre, il décrit une exposition. Nous avons publié le barème et les données brutes pour cette raison, afin que chacun puisse vérifier ce que pèse chaque composante et refaire le calcul autrement.
L’intérêt d’un tel cadrage est ailleurs. Il permet à une commune de savoir où son parc ancien et son sol se superposent, avant de répondre à des administrés inquiets. Il permet de relier deux politiques que l’on traite séparément. Désimperméabiliser, planter, infiltrer à la parcelle sont des réponses au ruissellement, mais ces gestes modifient aussi la teneur en eau du sol autour des bâtiments. Le guide ministériel consacré à ces sols demande d’interdire toute plantation et toute conservation d’un arbre ou d’un arbuste à une distance de la maison inférieure à 1,5 fois sa hauteur à maturité, sauf écran anti-racines ancré à 2 m. Une noue d’infiltration creusée contre une façade pose la même question. Le sol argileux est le même objet dans les deux dossiers, et il gagnerait à être traité comme tel.