Les besoins croissants en puissance de calcul liés à l’IA entraînent une accélération sans précédent des investissements dans les infrastructures numériques. À l’échelle mondiale, les dépenses annuelles consacrées aux data centers devraient passer de 800 milliards de dollars en 2026 à 1 800 milliards en 2050. Au total, 31 600 milliards de dollars pourraient ainsi être investis dans les data centers au cours des prochaines décennies. Une dynamique qui distingue ces infrastructures des équipements traditionnels : leur valeur dépend non seulement des bâtiments construits, mais aussi de leur capacité à évoluer avec les nouvelles générations de puces, de serveurs et de technologies de calcul. « Les infrastructures de l’IA constituent l’un des enjeux d’allocation du capital les plus stratégiques des prochaines décennies », souligne Christophe Desgranges, associé responsable des activités de conseil en stratégie, management, risques et technologie de PwC France et Maghreb.
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Avec l’essor de l’IA, construire un data center ne suffit plus. Encore faut-il pouvoir l’alimenter en électricité. La disponibilité d’une énergie abordable, fiable, disponible à grande échelle et de plus en plus décarbonée devient ainsi un critère déterminant pour choisir l’implantation des infrastructures. Les contraintes sont déjà visibles : capacités limitées des réseaux de transport et de distribution, disponibilité des sous-stations ou encore délais importants pour obtenir certains équipements critiques, notamment les transformateurs. Face à ces difficultés, certains opérateurs développent leurs propres moyens de production directement sur site. Une solution qui ne fait toutefois pas disparaître le besoin d’investissements massifs dans les réseaux électriques. « L’énergie devient ainsi un déterminant majeur de la géographie mondiale du calcul », estime Christophe Desgranges.
Les États-Unis en tête
Cette course aux infrastructures devrait profiter en premier lieu aux États-Unis. Le pays pourrait concentrer 48 % des investissements mondiaux, soit environ 15 100 milliards de dollars cumulés d’ici 2050. L’Asie-Pacifique représenterait de son côté environ 8 200 milliards de dollars, portée notamment par la Chine et l’Inde. En Europe et au Moyen-Orient, les politiques de souveraineté numérique devraient également soutenir les investissements destinés à héberger localement les données et les charges de travail critiques. Selon PwC, cinq facteurs seront déterminants pour attirer ces investissements : l’accès à l’énergie, la connectivité et la latence, la sécurité des données, l’accès aux puces avancées et à un écosystème technologique, ainsi que la stabilité des politiques publiques et l’acceptabilité locale des projets. La compétition entre territoires pourrait donc dépasser largement la seule question du foncier. Il s’agira désormais de savoir où il est possible de développer rapidement un écosystème complet associant énergie, connectivité et capacités de calcul.
Les semi-conducteurs, un risque majeur
La dépendance aux semi-conducteurs constitue également un facteur de risque pour cette croissance. Un durcissement des contrôles à l’exportation pourrait fortement limiter l’accès aux puces avancées et perturber les chaînes d’approvisionnement. Dans ce scénario, les investissements mondiaux cumulés atteindraient 25 500 milliards de dollars d’ici 2050, contre 31 600 milliards dans le scénario central, soit environ 6 000 milliards de dollars de moins. Un autre scénario fondé sur un renforcement des exigences de souveraineté numérique aurait un impact plus limité sur le volume total des investissements, qui atteindrait 29 500 milliards de dollars, mais modifierait fortement leur répartition géographique.
L’Europe face à une nouvelle compétition
L’Europe devrait globalement conserver une trajectoire proche du scénario central, notamment grâce à son cadre exigeant en matière de protection et de souveraineté des données. Cette stabilité pourrait toutefois masquer une redistribution des investissements entre les différents pays. Le Royaume-Uni, la Turquie et la Pologne pourraient renforcer leur attractivité, tandis que l’Irlande, les Pays-Bas et l’Allemagne pourraient perdre une partie de leur avantage sur certains flux transfrontaliers. Pour les territoires européens, l’enjeu sera donc de réunir plusieurs conditions : énergie, foncier, connectivité, compétences, équipements critiques, financement et stabilité réglementaire. À l’échelle mondiale, cette transformation s’inscrit dans une dynamique plus large : 151 100 milliards de dollars devront être investis dans les infrastructures mondiales d’ici 2050. Les data centers apparaissent ainsi comme l’un des symboles de cette nouvelle donne, à la croisée du numérique, de l’énergie, de l’industrie et de la géopolitique. À mesure que l’IA progresse, la capacité d’un territoire à fournir rapidement une électricité fiable et décarbonée pourrait devenir l’un des principaux critères de sa compétitivité.