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ENERGIE

L'agriculture limousine chasse le CO2

LA RÉDACTION, LE 1er JANVIER 2009
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L'agriculture en Limousin est responsable de 43 % des émissions de gaz à effet de serre, soit le double de la moyenne nationale. Deux raisons majeures à cet écart : l'agriculture pèse 4 % de la valeur ajoutée brute, deux fois plus qu'en France, et l'élevage bovin, une des filières les plus controversées vis-à-vis du réchauffement climatique, y est prédominant. Pourtant, le Limousin a décidé d'agir pour aider cette filière à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Élaboré par l'Ademe et le conseil régional, le programme Limousin agriculture et climat (Plac), dont la première réunion a eu lieu le 25 novembre dernier, doit permettre aux acteurs concernés de se rencontrer afin de faire émerger et développer des actions plus sobres. Beaucoup de programmes reconnus pour réduire l'impact sur le climat n'ont pourtant pas, au départ, cette visée. C'est le cas des projets destinés à rendre les exploitations plus autonomes, notamment au niveau de l'alimentation du cheptel. Ce qui réduit les achats de produits, souvent plus concentrés en azote. L'initiative « Herbe et fourrage », pilotée par la chambre régionale d'agriculture depuis 2006, ainsi que les actions de la fédération régionale des centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural (Civam), vont dans ce sens. « Les accidents climatiques de 2003, 2005 et 2006 ont mis en évidence la fragilité des systèmes fourragers, note Marie-Noëlle Bruère, responsable du programme herbe et fourrage à la chambre d'agriculture du Limousin. Les exploitants ont dû s'approvisionner ailleurs pour nourrir les animaux. Le conseil régional a alors choisi de financer des programmes pour améliorer la gestion des systèmes herbagers. » La chambre d'agriculture a identifié un certain nombre de points critiques sur vingt-neuf fermes pilotes, comme l'adéquation entre la surface à pâturer et le nombre d'animaux, ou encore la date de mise en pâturage. « L'objectif est de proposer des améliorations pour que les exploitations atteignent l'autonomie fourragère et alimentaire », poursuit Marie-Noëlle Bruère. La mise en place de pâturages tournants, en fonction de la dynamique de la pousse de l'herbe, a permis à Patrice Pacaud, éleveur de moutons à Brignac-la-Plaine, en Corrèze, d'être quasiment autonome. « J'ai diminué de 73 % les unités d'azote achetées pour les aliments », indique l'éleveur. Mieux, il n'utilise plus d'engrais chimiques, dont la fabrication émet beaucoup de GES. En effet, par une meilleure valorisation de ses pâtures, il a augmenté son cheptel et produit plus de fumier. Au final, ses émissions de GES sont passées de 6,4 tonnes équivalents CO2 par hectare et par an en 2003 à 4,8 t en 2006. Adhérent de la FRCivam, il revendique une autre philosophie. « Pour l'avenir, nous comptons faire de la vente en circuits courts pour une totale indépendance vis-à-vis des marchés, pour mieux valoriser la qualité de la viande et consommer moins d'énergie. » Réduire la dépendance énergétique des exploitations est l'autre axe d'amélioration. Cela passe par une réduction des consommations directes, mais aussi indirectes, comme les engrais. 60 % de l'énergie utilisée sur une exploitation seraient de cette origine. Autres points : en développer la production énergétique et améliorer l'isolation des bâtiments. Pour aider les exploitants à prendre ce virage, les conseillers des chambres d'agriculture et les agriculteurs volontaires seront formés à cette approche. Les chambres vont réaliser 150 diagnostics d'exploitation par an par le biais de Planète (pour l'analyse énergétique de l'exploitation), une méthode d'évaluation de la consommation d'énergie et des émissions des GES. Outre la base de données régionale que Planète va créer, ces audits mettront en évidence les points d'amélioration pour chaque exploitation. Le Limousin réfléchit enfin à se doter d'un observatoire régional des gaz à effet de serre pour suivre l'efficacité de ces initiatives. La Région entend aussi mieux cerner les sources d'émissions par filière de production. Mais surtout, réfléchir plus largement à sa propre autonomie. Car ces actions, qui allient diminution des GES et réduction des coûts, s'inscrivent aujourd'hui au niveau de l'exploitation. Par exemple, ne serait-il pas plus judicieux de créer une filière régionale de production de légumes plutôt que de s'approvisionner ailleurs ? Autant de questions qui alimentent une réflexion régionale globale.


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