Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié une contribution structurante visant à renforcer l’efficience économique de la transformation du mix énergétique français à l’horizon 2030. Inscrite dans le cadre de la mission confiée à Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot, cette analyse formule 25 recommandations prioritaires destinées à ajuster les mécanismes de soutien public aux énergies renouvelables (EnR) et aux capacités de stockage. Si le régulateur rappelle le rôle central de ces technologies dans la décarbonation et la résilience du système électrique, il insiste sur la nécessité de privilégier les projets les plus compétitifs et les plus créateurs de valeur pour la collectivité.
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L’un des axes majeurs de la réforme porte sur l’adéquation entre production et besoins du système électrique, dans un contexte marqué par la multiplication des épisodes de prix négatifs. À ce titre, la CRE préconise l’instauration d’une franchise de deux heures quotidiennes sans compensation, afin d’inciter les producteurs à intégrer des solutions de stockage à leurs installations, en particulier photovoltaïques. Le régulateur propose en outre la mise en place d’une prime annuelle de performance visant à encourager la production durant les périodes de prix élevés, tout en appelant à une refonte des dispositifs de soutien au segment du « très petit photovoltaïque », afin d’en maîtriser le coût.
Concernant l’éolien en mer, la stratégie préconisée privilégie une approche pragmatique fondée sur la compétitivité des projets. La CRE recommande de cibler prioritairement les zones les plus favorables, notamment la façade Manche, et d’engager dès 2026 les appels d’offres pour les projets présentant le moins de complexité. À l’inverse, le développement de l’éolien flottant, technologie encore en phase de maturation, serait temporairement ralenti au profit de projets déjà autorisés et plus rapidement déployables.
Enfin, le régulateur appelle à une optimisation en profondeur des modalités de raccordement afin de résorber l’engorgement contractuel des réseaux. Cette évolution passerait notamment par une réforme de la tarification du raccordement (TURPE), destinée à corriger les effets de seuil aujourd’hui favorables à la basse tension, ainsi que par l’émission de signaux tarifaires plus lisibles en faveur du stockage. Si ces orientations visent à contenir le coût futur du soutien public, la CRE souligne que le budget de l’État demeurera exposé à la volatilité des prix pour les installations existantes, rendant indispensable le développement de nouveaux usages électriques, en particulier lors des périodes de forte production solaire.