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ENERGIE

L'écologie prend-elle les tours de haut ?

LA RÉDACTION, LE 1er JANVIER 2015
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Une tour peut-elle être écolo ? Question simple, réponse complexe . Complexe d'abord, car le sujet déchaîne les passions. Le dernier pugilat en date autour de la tour Triangle dans la capitale, dont la construction n'a pas reçu, dans des conditions contestées, l'assentiment du conseil de Paris, le montre. « Nous espérons que le tribunal administratif clarifiera la situation d'ici à la fin de ce trimestre. Si un nouveau vote est organisé, les lignes peuvent encore bouger. Rappelons que le projet de cette tour de bureaux de 180 mètres de haut densifie le quartier, fait appel à la géothermie pour la moitié de ses besoins et respecte le plan climat, avec une consommation prévisionnelle de 48,8 kWh/m²/ an (pour les cinq postes réglementaires, ndlr) », vante Jean-Louis Missika, maire-adjoint chargé de l'urbanisme. Farouchement opposée aux immeubles de grande hauteur (IGH), l'architecte Françoise-Hélène Jourda reste sceptique. « Qu'elles respectent déjà la RT 2012 ! Les tours de la Défense consomment entre 500 et 1 000 kWh/m²/ an, un peu moins pour les plus récentes », s'exclame la pionnière de la construction en bois. Sollicité par la rédaction, le bureau d'études Manexi a fouillé dans ses archives. « La moyenne des consommations globales d'énergie des tours de la Défense que nous avons soumises à un audit ou à un DPE ces dernières années s'élève à 588 kWhEP/ m²/ an. Même si l'échantillon n'est pas très important, on peut dire que ces consommations ne crèvent pas le plafond par rapport au parc privé parisien de bureaux », synthétise Olivier Cousson, responsable énergie. Mais ne serait-il, tout de même, pas plus sage de construire des bureaux à énergie zéro ou positive, comme on sait le faire aujourd'hui ? La complexité du sujet grandit encore si on y mêle la question de l'exploitation et des consommations réelles, presque toujours supérieures aux prévisions, des coûts de maintenance et surtout de l'énergie grise des matériaux utilisés. Aciers, bétons ou verres spéciaux, cette facture environnementale cachée est forcément énorme pour un IGH. « Nous ne sommes qu'au début de l'appréhension de ces bilans. L'acier peut être réutilisé et le titane, que j'ai par exemple utilisé pour la tour de la Biodiversité à Paris, est recyclable à l'infini », tempère l'architecte Édouard François. « Mais à quel prix énergétique et avec quel impact sur les ressources naturelles ? » demande Françoise-Hélène Jourda. « Une tour peut être écologique, affirme cependant Édouard François. Il faut aussi considérer sa desserte par les transports en commun dans le bilan global. La tour Triangle à la porte de Versailles est vertueuse. Pas si vous la construisez au milieu des champs… » L'argument de la densité, limitant les déplacements et l'imperméabilisation des sols, est souvent avancé par les adeptes de la grande hauteur. « Le Paris haussmannien est plus dense que Shanghai ou La Défense, du fait de l'espace nécessairement laissé entre les tours », rétorquent les défenseurs de l'horizontalité. « Oui, le quartier de l'Opéra à Paris est plus dense que celui de La Défense, mais, avec toutes les chambres qui donnent sur des courettes de 4 mètres sur 3, la qualité de vie y est déplorable ! Je sais, j'y ai habité, avant d'expérimenter la hauteur en m'installant dans une barre à Montparnasse. Les premiers rayons de soleil sont maintenant pour moi. Quelle qualité de vie ! », s'extasie Édouard François. « Le modèle haussmannien se traduit par une imperméabilisation des sols, renchérit Jean-Louis Missika. En France, on assimile l'échec de la construction sur dalle des années 1970 à celle des tours. Mais, on apprend de nos erreurs. Ainsi, le projet de tour Triangle présente l'avantage de libérer près de 10 000 m² d'espaces verts, de créer une continuité entre Paris et la banlieue et de conférer une vraie couleur architecturale à la porte de Versailles. Et chaque nouvelle construction est l'occasion de progresser techniquement… » Mais resteront toujours des aspects économiques et sociaux à prendre en considération : réglementation nationale qui impose, au-delà de 50 mètres, la présence permanente d'une équipe de sécurité incendie, loyers et charges très élevés, impossibilité d'ouvrir les fenêtres… « Si on veut généraliser les tours comme moyen de lutte contre l'étalement urbain, il faut des édifices résidentiels de moins de 50 mètres présentant une faible emprise au sol, et surtout une qualité de vie supérieure à ce qui est aujourd'hui proposé », conclut Thierry Bièvre, chez Elithis. Le directeur général prévoit toujours pour 2016 (lire EM n° 1720, p. 16) la livraison de sa tour strasbourgeoise de 50 mètres visant l'énergie positive et sent ses équipes prêtes pour se lancer dans un défi IGH… sûrement à l'international.


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