EM : L'accord de Paris a fixé un objectif pour contenir le réchauffement climatique et ne pas dépasser les +1,5 °C. Est-ce suffisant ?
RD : Je ne me berce pas d'illusions, cet accord ne se suffit pas à lui-même. Mais il représente un réel progrès, ouvre la voie, fixe un cap. Une nouvelle ère de coopération internationale s'amorce dans la lutte contre le changement climatique. La force du message délivré a fait taire – espérons pour de bon – les climatosceptiques. Et représente une défaite pour les lobbies, notamment ceux des énergies fossiles. Tenir l'objectif de + 1,5 °C ne sera pas aisé pour les 196 parties signataires de cette convention onusienne. Un travail s'engage pour peser ensemble et muscler nos dynamiques d'actions communes.
EM : L'accord s'appuie sur les engagements nationaux à mettre en place des politiques d'atténuation, d'adaptation, de financement. Que prescrit-il dès lors qu'on sait qu'ils ne suffiront pas à corriger la trajectoire de réchauffement ?
RD : Ces contributions que les États ont posées sur la table sont en effet trop faibles. L'accord les tire vers l'avant, instaure un principe de révision. Avec un vrai tempo, puisque c'est dès 2018 que les parties feront le point sur leurs engagements. Lesquels s'appliqueront une fois l'accord entré en vigueur en 2020. En 2023, un nouvel état des lieux sera réalisé. La place à part entière accordée dans le texte à l'adaptation au changement climatique est aussi une bonne chose. Au même titre que les pertes et préjudices, qui recouvrent les impacts irréversibles du changement climatique auxquels il ne sera pas possible de s'adapter.
EM : Les acteurs non étatiques ont affirmé leur place. Êtes-vous satisfait ? RD : Leur expérience, leur dynamique sont reconnues par les parties dans le texte officiel. Et un cadre de discussion est posé. Reste à l'animer, à faire converger les forces. Rendez-vous est pris à la fin septembre, à Nantes. Nous allons dévoiler début février les contours de ce sommet mondial des acteurs non étatiques engagés dans des actions climatiques.
EM : À qui s'adresse-t-il ?
RD : Il ne réunira pas seulement des élus locaux mais aussi des entreprises, des asso-ciations, des syndicats, des organismes scientifiques, des citoyens… Il a vocation à s'inscrire dans l'agenda international, avec des pistes sérieuses pour le reconduire en Amérique du Nord en 2017. Au lieu de prêcher chacun de son côté pour sa paroisse – je le fais moi-même depuis des années pour que les gouvernements locaux aient voix au chapitre dans les négociations climatiques –, il faut que nous prenions entre acteurs non étatiques l'habitude de davantage se serrer les coudes. Ce qui, entre collectivités et ONG, n'est pas si aisé. Je crois en la capacité des collectivités à jouer le rôle de passerelle, de go-between. DR
EM : Un appel à contributions est-il prévu ?
RD : Oui, ouvert très prochainement. Le but est de mettre en avant lors de cet événement nantais des solutions, des innovations, des initiatives et bilans d'action provenant d'acteurs non étatiques. Il ne suffit pas d'une opération ponctuelle pour nourrir leur élan et faire reconnaître leur dynamique. C'est un effort de longue haleine dans lequel nous investissons du temps et de l'argent. Ce sommet s'intégrera dans la continuité de la COP 21 et formera un trait d'union vers la COP 22 prévue à Marrakech en novembre 2016. Nous espérons d'ailleurs être labellisés COP 22.