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ÉNERGIE

Neutralité carbone : accélération ou fuite en avant ?

LAURENCE MADOUI, LE 25 FÉVRIER 2019
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Neutralité carbone : accélération ou fuite en avant ?
Inspiré de l’Accord de Paris de 2015, l’objectif de « neutralité carbone » en 2050 promu par le projet de loi « climat-énergie » n’a pas fini d’être décrypté. Pile, il multiplie par deux l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre retenu en 2015. Face, il s’assortit d’un recul des économies d’énergie visées pour 2030. Reculer pour mieux sauter … vers l’incertain ?

Neutralité carbone : c’est le cap que fixe désormais l’avant-projet de loi « climat-énergie ». Le gouvernement le traduit par une division par huit des émissions de gaz à effet de serre (GES) en 20501, soit une ambition doublée par rapport au facteur 4 inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015.

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Un message à double sens

Citée dans le plan climat de juillet 2017, la neutralité s’entend comme un niveau de rejets carbonés n’excédant pas la capacité d’absorption par les solutions techniques et les puits naturels (sols et forêts exploités). A l’échelle mondiale, le « zéro émission nette » en 2050 conforterait la limitation du réchauffement à 1,5°C en 21002, selon le rapport spécial du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) d’octobre 2018.

Pour le climatologue Olivier Boucher, viser la neutralité en 2050 est « un alignement sur le discours scientifique ». Mais l’avant-projet de loi n’est pas vraiment « 1,5°C-compatible » car il néglige l’urgence à agir à court terme : les économies d’énergie projetées entre 2012 et 2030 descendent à 17 %, quand la loi de 2015 ciblait 20 %. « Alors que les émissions de la France repartent à la hausse3, aligner dès aujourd’hui l’objectif sur les tendances actuelles (…) fragilise (…) la portée politique de l’inscription de la neutralité dans la loi », lit-on sur le blog de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Des efforts redoublés à terme

Le recul de 50 % des consommations d’énergie en 2050 est préservé. Mais l’objectif intermédiaire étant abaissé, « un effort supplémentaire (…) sur la période 2030-2050 » s’imposera, relève le Conseil économique, social et environnemental, dans l’avis rendu le 20 février. Olivier Boucher juge « maintenant difficile d’éviter "l’overshoot" ». Soit des rejets supérieurs à la trajectoire vers 1,5°C, qui fléchiraient ensuite drastiquement. Or, cheminer vers 1,5°C exige « que les émissions de CO2 diminuent de manière substantielle avant 2030, », plaidait la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte devant le Sénat, en octobre 2018.

Seront ensuite déployées des « méthodes pour extraire le CO2 de l’atmosphère », poursuivait la co-auteure du rapport spécial du GIEC. Dont « trois des quatre scénarios envisagent un recours croissant au BECCS, pour compenser le retard pris dans la décarbonation des économies », note Olivier Boucher. Le « Bio-energy with carbone capture and storage » consiste à exploiter des cultures énergétiques pour en récupérer le CO2 lors de la combustion et l’enfouir dans d’anciens gisements d’énergies fossiles. « Une technique qui n’est pas envisageable à grande échelle avant 30 à 40 ans », balaie Michel Colombier.

Le directeur scientifique de l’Iddri met la focale sur les « puits biologiques » français que sont les sols agricoles et la forêt – qui verra décliner sa capacité à absorber du CO2. Séquestrer en 2050 les 70 Mt équivalant CO2 d’émissions résiduelles4 requerra « une transformation du modèle agricole ».



1 : par rapport à 1990
2 : par rapport à l’ère préindustrielle
3 : En 2017, les rejets de GES ont augmenté de 2 % par rapport à 2016 et le budget carbone (niveau maximal d’émissions conforme aux engagements de la France) était dépassé de 6,7 %.
4 : contre 463 Mt en 2016.


Pixabay / DR
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