Selon la CRE, la France dispose aujourd’hui des capacités nécessaires pour poursuivre l’électrification de son économie, avec un parc nucléaire et des énergies renouvelables en développement. La capacité de production potentielle dépasse 160 GW, tandis que la capacité disponible lors des pointes de consommation atteint environ 90 GW. À l’échelle annuelle, le système apparaît donc correctement dimensionné. Mais cette moyenne masque des situations très différentes selon les saisons et les heures de la journée. Le nombre d’heures marquées par des prix extrêmes a notamment fortement progressé. En 2025, le marché a enregistré 513 heures de prix négatifs, contre 179 heures en moyenne entre 2010 et 2020. À l’inverse, les épisodes de prix supérieurs à 100 €/MWh ont atteint 1 807 heures en 2025, contre 606 heures en moyenne sur la période 2010-2020.
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La CRE évalue à 55,9 milliards d’euros les coûts complets du système électrique français en 2025. Ce montant comprend 40 milliards d’euros liés à la production d’électricité et 15,9 milliards d’euros consacrés aux réseaux de transport et de distribution. Les consommateurs contribuent directement à une grande partie de ces coûts. Leur facture d’électricité a ainsi financé 31,4 milliards d’euros de coûts de production en 2025, soit 78,5 % du total. En intégrant la part non affectée de l’accise sur l’électricité, cette contribution atteint 36,8 milliards d’euros, soit 92 % des coûts complets de production.
Les interconnexions européennes jouent un rôle clé
La CRE souligne également l’importance de l’intégration de la France au marché électrique européen. Avec environ 20 GW de capacités d’interconnexion avec ses voisins, le pays dispose d’un levier supplémentaire pour sécuriser son approvisionnement et optimiser les échanges.
En 2025, la France est redevenue le premier exportateur net d’électricité en Europe, avec 92,3 TWh exportés. Ces exportations ont représenté environ 5,4 milliards d’euros de valorisation supplémentaire pour les producteurs français par rapport à une situation sans interconnexions. Les recettes d’interconnexion ont, de leur côté, atteint 1,7 milliard d’euros et contribué au financement des réseaux.
Les renouvelables font baisser les prix
Pour la CRE, le développement des énergies renouvelables constitue également un facteur de baisse des prix de marché en période normale. Entre 2020 et 2025, la croissance du parc renouvelable aurait ainsi permis de réduire les prix de gros d’environ 20 €/MWh par rapport à 2020.
Cette évolution bénéficie aux consommateurs, mais elle s’accompagne d’une hausse limitée des coûts complets du système, estimée à 5 %. En situation de crise, les renouvelables peuvent également jouer un rôle d’amortisseur : selon les simulations de la CRE, le parc développé depuis 2020 pourrait réduire les prix de marché de 7 à 40 €/MWh selon la nature de la crise.
Jusqu’où développer les EnR ?
La CRE considère que la poursuite du développement des renouvelables reste pertinente à court terme, y compris dans l’hypothèse où la consommation d’électricité resterait stable. Les nouvelles capacités permettraient encore de réduire les prix de marché sans que le coût du soutien public ne dépasse les gains pour les consommateurs. À plus long terme, l’équilibre pourrait toutefois évoluer. Selon les simulations de la CRE, une hausse du parc renouvelable au-delà d’environ 50 % de la puissance installée à fin 2025, combinée à une stagnation de la consommation pendant plusieurs années, pourrait ne plus être soutenable économiquement.
Electrifier et développer la flexibilité
Pour maintenir les bénéfices d’une électricité abondante tout en maîtrisant les coûts du système, la CRE estime nécessaire de mieux synchroniser production et consommation. Deux leviers sont notamment mis en avant : électrifier davantage les usages, afin d’absorber les capacités de production disponibles, et développer les différents mécanismes de flexibilité, permettant d’adapter dans le temps la demande et l’offre d’électricité. Pour la CRE, ces évolutions seront déterminantes pour accompagner la transformation du système électrique français et tirer pleinement parti du développement des énergies renouvelables.