Une pompe à chaleur à la place d’une chaudière au gaz. Une voiture électrique plutôt qu’un moteur thermique. Un four industriel qui abandonne les combustibles fossiles. Ces évolutions relèvent de secteurs différents. Mais le message reste le même. Électrifier nos usages est la clé. Le gouvernement prévoit ainsi de porter la part de l’électricité à 38 % de la consommation finale d’énergie en 2035. Le chiffre était de 27 % dans le référentiel retenu pour 2024. Le mix électrique désigne la manière dont cette électricité est produite. Or, en 2024, les énergies fossiles comptaient encore pour 59,6 % de la consommation finale d’énergie des ménages. Réduire notre dépendance aux fossiles ne sera donc pas simple. Plus nous serons capables d’électrifier nos usages, plus une question deviendra centrale : sur quelles productions faire reposer cette électricité supplémentaire ?
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La France ne part pas d’une page blanche. EDF a été créée en 1946. Sa mise en place a permis de structurer notre système électrique national. Le choc pétrolier de 1973 a sonné le développement massif du nucléaire afin de compenser notre dépendance aux hydrocarbures importés. Ce choix stratégique continue de produire ses effets. En 2025, la part du nucléaire dans l’électricité produite en France était de 68,1 %. Avec les renouvelables, le total de la production bas-carbone française se montait à 95,2 %. Un atout considérable. Mais l’histoire énergétique française ne peut pas davantage servir de mode d’emploi intangible. Le monde de 2026 est radicalement différent de celui de 1974. Les usages ont changé. En outre, de nouvelles technologies sont arrivées à maturité. Enfin, le dérèglement climatique impose des contraintes que le système doit désormais intégrer.
Diversifier pour absorber les aléas
Les épisodes de fortes chaleurs en donnent une illustration très concrète. Certains réacteurs installés au bord des fleuves peuvent ponctuellement être soumis à des limitations afin de respecter les seuils de température de l’eau. L’hydraulique dépend des conditions hydrologiques. À l’inverse, le solaire produit beaucoup lors de certaines journées très chaudes. Aucune solution n’est donc parfaite en soi. Ces limitations rappellent simplement que les technologies ne sont pas exposées aux mêmes contraintes au même moment. Et c’est précisément ce qui fait l’intérêt d’un mix. Le nucléaire apporte une production massive, bas-carbone et pilotable. L’hydraulique offre une flexibilité difficilement remplaçable. Le solaire et l’éolien ajoutent des capacités dont les profils et les délais de développement diffèrent. Mais réduire le débat à ce seul constat revient à ignorer l’évolution du système électrique. Lorsque la production devient excessive, une partie de ces installations peut désormais être modulée à la baisse pour aider à maintenir l’équilibre du réseau. Au premier semestre 2026, près de 22 GW de capacités solaires et éoliennes participaient au mécanisme d’ajustement de RTE. La montée des renouvelables déplace donc une partie du problème vers les réseaux, le stockage et la flexibilité de la consommation. Produire différemment suppose aussi de consommer plus intelligemment.
Toutes les solutions n’arrivent pas au même moment
Une autre donnée mérite de sortir du débat d’experts : le temps. Le programme des nouveaux EPR2 s’inscrit dans une perspective de long terme, avec une première mise en service visée à l’horizon 2038. L’électrification de l’économie, elle, doit progresser bien avant. Il faudra donc prolonger le parc existant tout en développant, selon les besoins, hydraulique, solaire, éolien, réseaux et flexibilités. Opposer frontalement ces investissements revient à confronter des moyens qui n’ont ni le même calendrier ni exactement la même fonction. Même chose pour les coûts. Le seul prix du mégawattheure raconte une histoire incomplète. Délai de construction, disponibilité, besoins de réseau, contribution à la décarbonation et sécurité d’approvisionnement doivent aussi entrer dans le calcul.
Une souveraineté moins dépendante des fossiles
La question est enfin économique et géopolitique. La France reste vulnérable. Elle importe encore la quasi-totalité des énergies fossiles qu’elle consomme avec une facture de 57,8 milliards d’euros en 2024. Remplacer certains usages du pétrole ou du gaz par une électricité produite en France et faiblement carbonée peut donc réduire cette exposition. En 2025, dans l’Union européenne, le solaire et l’éolien ont dépassé pour la première fois les énergies fossiles, avec 30 % de la production électrique. L’électricité est plus qu’abondante en France. De janvier à juin 2026, son solde exportateur net a atteint un record de 51 TWh. C’est un point important : il ne s’agit pas d’entretenir la peur d’une pénurie imminente. Le véritable enjeu est de préparer suffisamment tôt le système électrique dont dépendra une économie beaucoup moins fossile. "Nucléaire, hydraulique, solaire, éolien, réseaux et flexibilité ne rendent pas les mêmes services. Ces différentes énergies n’obéissent pas non plus aux mêmes calendriers. C’est précisément pour cette raison qu’elles peuvent se compléter. L’électricité va prendre davantage de place dans nos transports, nos bâtiments et notre industrie. C’est certain. Dans ce contexte, la souveraineté énergétique française ne dépendra pas d’un choix exclusif. Elle sera intimement liée à notre capacité à construire un système suffisamment diversifié pour encaisser l’imprévu."