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MOBILITÉ

Élections municipales 2026 : la mobilité, levier électoral et social sous-estimé

ABDESSAMAD ATTIGUI, LE 13 FÉVRIER 2026
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Élections municipales 2026 : la mobilité, levier électoral et social sous-estimé
Crédits : Pixabay
À l’approche des municipales de 2026, l’Union des transports publics et ferroviaires (UTPF) rend public un sondage réalisé par CSA Research sur les attentes des Français en matière de mobilité. L’organisation en tire une série de propositions qu’elle entend porter dans le débat sur les politiques locales de transport.

À l’approche des élections municipales de 2026, l’attention médiatique se focalise traditionnellement sur la sécurité, la fiscalité locale ou la santé. Pourtant, un paramètre silencieux s’impose comme un enjeu décisif : la mobilité urbaine. Les données issues du sondage CSA Research pour l’Union des Transports Publics et Ferroviaires (UTPF), mené en janvier 2026 auprès de 1 033 Français résidant dans des communes de plus de 20 000 habitants, révèlent une réalité électorale et sociale complexe.

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Le sondage réalisé par l’institut CSA Research met en lumière la place centrale, bien que parfois sous-estimée, de la mobilité dans le débat politique local. Si la sécurité domine les préoccupations immédiates, le transport public s’affirme comme un levier électoral potentiellement puissant pour les municipales de 2026, porté par une exigence de transformation radicale de l’offre.

Le transport public : un enjeu prioritaire pour la jeunesse et les métropoles
Bien que la sécurité et la tranquillité publique trônent au sommet des priorités municipales pour 43 % des Français, le transport public n’en demeure pas moins un sujet incontournable. Globalement, 87 % des habitants des villes de plus de 20 000 habitants estiment que la mobilité constitue un enjeu important pour le scrutin à venir. Cette importance devient une priorité absolue pour les jeunes générations. Comme le souligne Julie Gaillot, directrice du pôle Society de CSA Research : « Même si ce n’est pas la priorité numéro 1, c’est un enjeu qui va compter dans le cadre des prochaines élections municipales ». Chez les 18-24 ans, 42 % placeraient les transports en tête de leurs attentes. Géographiquement, cette pression se ferait davantage ressentir en Île-de-France (13 %) et en Auvergne Rhône-Alpes (17 %), ainsi que dans les agglomérations de 100 000 à 200 000 habitants.

Pour les utilisateurs fréquents, l’importance de la mobilité pourrait gagner en intensité, remontant à la septième place dans la hiérarchie des préoccupations. Cette hiérarchie suggère que plus l’usage est régulier, plus les attentes sont élevées, soulignant la dimension concrète et quotidienne du débat.

Satisfaction des usagers
Les réseaux actuels bénéficient d’une image positive : 88 % des usagers se déclarent satisfaits de la proximité et 85 % de la praticité. Pourtant, le climat social reste une ombre sur le quotidien des voyageurs. 39 % des usagers déclarent avoir subi une incivilité au cours des 12 derniers mois, un chiffre qui pourrait atteindre 50 % pour les utilisateurs fréquents et 63 % chez les 18-24 ans. À ce sujet, Julie Gaillot note : « On voit bien dans toutes nos enquêtes qu’il y a un sujet de plus en plus important lié à ces incivilités ».

Malgré ces tensions, le sentiment de sécurité global reste majoritaire (74 %), bien qu’il soit plus fragile en région parisienne (68 %), ce qui pourrait expliquer pourquoi les mesures visant à renforcer la sûreté apparaissent comme des conditions nécessaires pour encourager l’usage des transports collectifs.

Le « choc d’offre » : la véritable demande des Français
L’enseignement principal du sondage est que les Français ne réclament pas la gratuité, mais la performance. L’attente numéro un serait une meilleure amplitude horaire et une desserte étendue sur les territoires (48 %), devant les demandes de sécurité accrue (34 %). Le porte-parole de l’UTPF insiste : « Le pourcentage de Français qui ne prennent pas les transports publics parce que c’est trop cher est de 6 %. Ce n’est pas un enjeu de terrain ». Le sondage confirme cette tendance : 50 % des répondants jugeraient les tarifs adaptés et 57 % se déclareraient favorables à une hausse des prix si elle permettait de financer concrètement le développement de l’offre.

Le renforcement de l’offre apparaît ainsi comme le levier central pour un report modal significatif. Selon l’enquête, 68 % des usagers de la voiture seraient prêts à réduire leur usage personnel si l’offre de transport public était renforcée, un chiffre qui atteindrait 78 % chez les moins de 35 ans. Pour l’UTPF, le message aux futurs élus serait clair : « Le vrai gain de pouvoir d’achat c’est de se passer de sa voiture et c’est d’avoir une offre de transport ». Le transport public est présenté comme étant en moyenne sept fois moins coûteux que la possession d’une voiture individuelle, ce qui pourrait transformer la voiture d’une contrainte en un choix optionnel.

Environnement : recul conceptuel mais attentes concrètes
L’intérêt pour l’environnement semble avoir perdu de sa force dans l’opinion publique. L’enjeu environnemental, qui occupait la première place des préoccupations entre 2019 et 2022, a été supplanté par le pouvoir d’achat, la santé et la sécurité. Aujourd’hui, seulement 14 % des Français le placeraient comme priorité pour les municipales, le classant ainsi en cinquième position globale. Les intervenants notent que la préoccupation pour l’environnement « ne cesse de baisser » depuis 18 mois, les citoyens se déclarant « beaucoup moins préoccupés » par ce sujet au profit de priorités plus immédiates comme la sécurité (43 %) ou le niveau des impôts locaux (23 %).

Pour autant, cette baisse conceptuelle ne se traduirait pas par un désintérêt complet pour les mesures concrètes de décarbonation. Ainsi, 92 % des sondés seraient favorables au développement du fret ferroviaire et 76 % soutiendraient la coordination de l’urbanisme avec la desserte en transports publics. La transition énergétique des flottes de bus, bien que largement perçue comme un enjeu réglementaire, illustre la tension entre contraintes techniques et amélioration de l’offre : 60 % des voyages urbains seraient déjà réalisés en mode électrique, mais le surcoût par véhicule (280 000 à 420 000 €) impose une planification rigoureuse pour ne pas réduire la capacité du réseau.

Propositions de l’UTPF : pistes fondées sur les attentes citoyennes
À partir de ces tendances, l’UTPF formule plusieurs recommandations susceptibles de guider les politiques municipales. L’organisation recommande de réfléchir à la mobilité au niveau du bassin de vie, en coordonnant municipalités et Régions pour inclure les périphéries et les navetteurs, ce qui pourrait répondre aux 87 % de Français considérant la mobilité comme un enjeu important.

Pour améliorer la sûreté, des conventions entre municipalités et opérateurs pourraient être envisagées afin de limiter les incivilités, auxquelles 39 % des usagers déclareraient avoir été confrontés, et ainsi renforcer l’attractivité des réseaux. La question de la mobilité des seniors est également mise en avant : des dispositifs adaptés pourraient soutenir les personnes de plus de 75 ans dans le maintien de leurs activités sociales, cohérents avec l’adhésion de 94 % des Français pour des initiatives facilitant l’accès aux transports des publics fragiles.

L’organisation préconiserait également de privilégier le levier tarifaire plutôt que la gratuité universelle. Le sondage indique que 57 % des Français accepteraient une hausse des prix si elle servait à améliorer l’offre, tandis que seuls 6 % des usagers renonceraient aux transports pour des raisons financières. La transition énergétique des bus devrait être anticipée, avec 90 % des nouveaux bus zéro émission d’ici 2030 et 100 % en 2035, tout en veillant à ne pas réduire la capacité du réseau.

L’UTPF suggère aussi d’optimiser le partage de la voirie pour améliorer la vitesse et la sécurité des transports collectifs, de coordonner urbanisme et mobilité afin que 76 % des Français favorables à de nouvelles constructions dans des zones bien desservies voient leurs attentes traduites en pratique, et d’intégrer la logistique urbaine et le fret ferroviaire, en accord avec les 92 % de citoyens favorables à ce mode de transport, pour décongestionner les centres-villes et réduire l’empreinte carbone.

L’UTPF (Union des Transports Publics et Ferroviaires) a formulé huit recommandations clés pour répondre aux attentes des citoyens en matière de mobilité lors des élections municipales de 2026 :

1. Penser la mobilité au niveau du bassin de vie : L’objectif est d’apporter des solutions adaptées aux réalités des citoyens en renforçant le dialogue entre toutes les autorités organisatrices de la mobilité (AOM) du bassin de vie pour une meilleure articulation des offres de services et des tarifs.
2. Assurer la sûreté des voyageurs et des personnels : La sécurité est une condition déterminante pour l’utilisation des transports publics. L’UTPF préconise la signature de conventions entre municipalités et opérateurs pour permettre l’intervention de la police municipale sur les réseaux.
3. Accompagner la mobilité des seniors : Face au vieillissement de la population, il est essentiel d’adapter l’offre de transport pour maintenir l’autonomie et les activités sociales des aînés, en s’inspirant des bonnes pratiques déjà existantes.
4. Utiliser le levier tarifaire pour financer le choc d’offre : L’UTPF recommande de maintenir une contribution équilibrée entre employeurs, collectivités et voyageurs. Elle privilégie une gratuité ciblée vers les publics précaires plutôt qu’une gratuité universelle, afin de préserver les capacités d’investissement.
5. Anticiper la transition énergétique : Les collectivités doivent prévoir le verdissement des flottes de bus (passage à l’électrique ou à l’hydrogène) imposé par les réglementations européennes, en utilisant les dispositifs de soutien financier existants pour éviter une réduction de l’offre de service.
6. Organiser le partage de la voirie et accroître la vitesse commerciale des bus : Pour rendre les transports attractifs, il faut réduire les temps de trajet en favorisant la circulation des bus, notamment par la création de sites propres et la verbalisation des véhicules entravant leur passage.
7. Mettre en cohérence les politiques d’urbanisme et de mobilité : Tout projet d’urbanisme (logements ou zones d’activités) doit être pensé en fonction de l’offre de transport existante ou projetée pour éviter l’isolement des habitants et la dépendance à la voiture individuelle.
8. Intégrer la logistique urbaine et le fret ferroviaire : Afin de réduire les nuisances liées aux camions en ville, l’UTPF encourage le report vers le rail pour le transport de marchandises, combiné à l’utilisation de véhicules légers ou de vélos-cargos pour les derniers kilomètres.


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