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MOBILITÉ

[Tribune] Et si l’économie circulaire devenait une chance pour l’industrie automobile française?

LA RÉDACTION, LE 15 SEPTEMBRE 2026
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[Tribune] Et si l’économie circulaire devenait une chance pour l’industrie automobile française?
©Pixabay
Mardi 26 mai, Emmanuel Macron a annoncé des mesures de soutien à la filière automobile électrique. Batteries, logiciels et usines de demain… La voie de l’avenir est toute tracée. Mais face à la concurrence internationale, et à la pression sur le pouvoir d’achat, l’économie circulaire, qui permet de prolonger la durée de vie du parc existant, dessine une voie complémentaire, toute aussi cruciale que le neuf, pour la survie de l’automobile française. Un tribune de Johan Branca, CEO et co-fondateur d’Opisto. 

Au 1er janvier 2025, la France comptabilisait 39,7 millions de voitures en circulation. L’âge moyen de ces véhicules était de 11,5 ans. 94,5 % d’entre eux roulent encore exclusivement à l’essence ou au diesel, ce qui montre bien que la transition du parc reste très progressive. La question de la survie de l’industrie automobile française est légitime. Mais elle ne se joue pas uniquement dans les usines de véhicules neufs ou dans les annonces sur la voiture électrique. Elle est étroitement liée à la durée de vie de ce parc vieillissant. Un parc que les ménages doivent continuer à entretenir. Le recyclage automobile n’est plus seulement la récupération de matières en fin de vie. Il s’est aussi transformé en une véritable économie du réemploi, structurée autour du démontage, du contrôle, de la traçabilité, de la remise en état, de la garantie et de la revente. Ce déplacement est décisif : il fait basculer la pièce d’occasion d’un statut de solution de dernier recours à celui de composant économique à part entière, intégré dans les chaînes de valeur de la réparation automobile. 

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Le pouvoir d’achat comme déclencheur

Depuis le COVID, le prix des pièces d’occasion a augmenté en moyenne de près de 10% par an, avec un coût des réparations en forte augmentation.  Selon le SRA, en  2025, le poste des pièces de rechange représentait 52,1 % du coût des réparations dans les sinistres collision. Dans les territoires où l’alternative à la voiture reste limitée, la réparation devient une condition d’accès au travail, aux soins, à l’école et aux liens familiaux. Les habitants des communes rurales réalisent 53 % de leurs distances sur des trajets de 10 à 100 kilomètres, presque deux fois plus que les urbains. La pièce issue de l’économie circulaire n’est pas seulement une option moins chère permettant de maîtriser son pouvoir d’achat  ; elle peut également devenir un outil qui préserve la mobilité et donc maintient le lien social. 

Une évolution culturelle fondée sur la confiance

Les consommateurs ont déjà accepté la seconde main dans le textile, l’électronique ou l’électroménager. L’automobile suit, avec davantage de vigilance, car étant un outil du quotidien, celle-ci doit pouvoir être utilisée en toute sécurité. Le neuf n’est plus l’unique repère de confiance. Le contrôle, l’origine et la garantie deviennent des critères concurrents. En 2025, l’occasion représentait 76,9 % des achats de voitures particulières en France. Ce qui compte désormais, ce n’est plus seulement de posséder du neuf, mais surtout de disposer d’un véhicule fiable, réparable, accessible.

Une chaîne de valeur industrielle à organiser

Pour la filière, cette mutation ouvre une chaîne de valeur encore trop peu reconnue. La France traite environ 1,2 million de véhicules hors d’usage par an dans 1 700 centres VHU. ; l’âge moyen de ces véhicules atteint environ 19 ans. Derrière ces chiffres se dessine une infrastructure industrielle : collecte, dépollution, diagnostic, démontage, qualification, stockage, logistique, plateformes numériques, réparation… Elle crée des emplois locaux, difficilement délocalisables, et redonne une valeur économique à des ressources déjà présentes sur le territoire. Encore faut-il organiser la confiance. Le développement de la pièce issue de l’économie circulaire ne peut pas se construire sur l’opacité ou sur des circuits parallèles. Il suppose des centres agréés, des standards professionnels, une traçabilité lisible, des garanties compréhensibles et une information réelle du consommateur. Depuis 2015, l’article L. 224-67 du code de la consommation encadre plus précisément la possibilité pour le consommateur d’opter pour des pièces de rechange issues de l’économie circulaire lors de l’entretien ou de la réparation d’un véhicule. Une législation qui s’est étendue aux deux et trois roues depuis 2024. L’enjeu désormais est sa diffusion dans les pratiques.

Une réponse industrielle, pas seulement environnementale

L’Union européenne estime que 6,5 millions de véhicules arrivent en fin de vie chaque année sur son territoire. En septembre 2025, le Parlement européen a adopté un texte sur de nouvelles règles de circularité applicables à l’ensemble du cycle de vie des véhicules : conception facilitant le démontage, la réutilisation et le recyclage, responsabilité élargie des producteurs ainsi qu’une meilleure distinction entre véhicules d’occasion et véhicules hors d’usage. L’économie circulaire n’est pas l’ennemie de l’industrie automobile française. Elle peut au contraire devenir l’un de ses appuis, vecteur d’une souveraineté accrue. C’est particulièrement vrai au moment où les équipementiers européens signalent une forte pression sur l’emploi et la compétitivité. Selon CLEPA, les fournisseurs automobiles européens ont annoncé 54 000 suppressions de postes en 2024. Ce niveau est supérieur aux pertes déclarées pendant les années 2020 et 2021 réunies. Les véhicules neufs deviennent plus coûteux et plus complexes. Ils sont également de plus en plus dépendants de chaînes d’approvisionnement mondialisées. Dans ce contexte, la capacité à réparer, réemployer et recycler devient un attribut de souveraineté. La filière automobile française n’a pas à choisir entre modernité et réemploi. La circularité automobile ne sauvera pas, à elle seule, toute une industrie. Mais elle peut lui offrir une voie moins défensive : préserver la mobilité, soutenir le pouvoir d’achat, ancrer des emplois locaux et réduire le gaspillage industriel. 


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