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POLLUTIONS

[Tribune] Après l'union douanière, passons à l'union écologique !

LA RÉDACTION, LE 6 OCTOBRE 2026
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[Tribune] Après l'union douanière, passons à l'union écologique !
©Pexels
Candidat à l’élection présidentielle, Gabriel Attal a récemment proposé de faire de l’écologie le socle d’un nouveau traité entre États européens volontaires. L’idée mérite d’être saluée parce qu’elle prolonge une intuition qui traverse toute l’histoire de la construction européenne : lorsque les enjeux dépassent les frontières nationales, l’intégration devient plus efficace que la juxtaposition de politiques conduites séparément. Une tribune de Christophe Girardier, expert environnemental et président Glimpact. 

Le traité de Rome a créé un espace économique et politique commun à une époque où les États européens avaient compris qu’ils ne pouvaient plus penser leur prospérité indépendamment les uns des autres. Après l’union douanière, l’union monétaire, jusqu’à l’adoption d’une monnaie unique, a approfondi cette logique. La transition écologique impose un mouvement comparable, car toute politique écologique pensée à l’échelle nationale se trouve en décalage avec les réalités qu’elle cherche à transformer. 

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L’Europe s’est déjà dotée d’instruments pour franchir cette nouvelle étape. Depuis le Green Deal, lancé en 2019, elle a bâti une architecture environnementale sans équivalent dans le monde avec notamment le Product Environmental Footprint (PEF) qui permet de mesurer l’impact environnemental d’un produit sur l’ensemble de son cycle de vie selon une méthode commune.  Les textes européens sur l’écoconception vont dans le même sens. Ils cherchent à intégrer la performance environnementale dès la conception des produits et à réduire leur impact au fil de leur utilisation. Enfant direct du Green Deal, le règlement sur l’écoconception (ESPR), adopté en 2024, a changé d’échelle. Il couvre désormais la quasi-totalité des biens physiques avec des effets très concrets : depuis le 19 juillet 2026, les grandes entreprises n’ont plus le droit de détruire leurs vêtements et chaussures invendus. Le lendemain, Bruxelles ouvrait le registre du passeport numérique des produits (DPP), qui suivra chaque bien de sa fabrication à son recyclage. Le marché carbone européen et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières complètent cette évolution. Le premier fait payer aux industriels européens chaque tonne de CO₂ émise. Le second impose le même prix aux produits importés. Polluer a désormais un coût, à l’intérieur comme à l’entrée du marché européen. 

L’Europe est souvent présentée comme une puissance qui réglemente faute de pouvoir agir. Dans le domaine écologique, elle a, au contraire, commencé à construire des instruments et dispositifs robustes. L’enjeu est désormais de rendre cette architecture plus cohérente et plus lisible. Or les reculs récents, du report du marché carbone pour le bâtiment et les transports à l’assouplissement de l’échéance de 2035 pour les voitures thermiques, sont tous nés de marchandages à vingt-sept. C’est l’argument même d’un traité entre volontaires. Le traité d’Amsterdam l’a déjà anticipé dès 1997, avec les coopérations renforcées. Rien n’empêche donc un premier cercle de pays d’adopter dès maintenant des règles plus ambitieuses sur l’écoconception ou la tarification du carbone. Une union écologique aurait aussi une portée industrielle majeure. La transition écologique ne peut être séparée de la souveraineté productive. Elle doit permettre à l’Europe d’imposer ses règles et de conserver ses capacités industrielles tout en transformant profondément la manière dont elle produit.  Après avoir uni leurs marchés, les Européens peuvent désormais franchir une nouvelle étape en faisant de la performance environnementale un principe commun de leur modèle économique.  C’est l’occasion de poursuivre une construction européenne adaptée à l’un des grands défis de notre siècle, l’occasion aussi de reparler au cœur des peuples et d’affirmer notre place parmi les nations.


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