L’électrification n’est plus une option. Quelle que soit l’issue du conflit au Moyen-Orient, ces dernières semaines ont illustré la dépendance structurelle de l’économie française et notamment son industrie aux énergies fossiles, ancrées dans nos modèles, nos infrastructures et nos usages. Tout le monde s’accorde aujourd’hui sur la rupture nécessaire pour développer notre indépendance énergétique, qui passe inéluctablement par l’électrique. Le mouvement semble s’enclencher, comme en témoignent les nouveaux records de ventes de véhicules électriques ou le regain d’intérêt récent des particuliers pour le photovoltaïque. Toutes les entreprises consommatrices d’énergie doivent dès maintenant se saisir du sujet. Une fois ce constat posé : comment massifier et financer cette transition ? C’est l’épineuse question que nos dirigeants politiques se posent. Un énième bouclier tarifaire n’est pas une solution pérenne, que ce soit pour les consommateurs, pour nos infrastructures ou pour l’économie française. Les ménages, dont un trop grand nombre peine déjà à boucler les fins de mois, ne pourront eux non plus payer la note. Il y a une troisième voie, qui peut nous permettre de développer nos capacités de production rapidement, pour sécuriser l’approvisionnement énergétique des PME et ETI qui constituent le socle de notre économie.
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Cette solution tient en trois lettres. PPA, pour Power Purchase Agreement. Son principe : un contrat direct entre un producteur d’énergie renouvelable et une entreprise consommatrice, sur dix à vingt ans, avec un prix d’électricité fixe défini à l’avance. Plusieurs avantages : Les entreprises consommatrices d’énergie, par exemple dans le secteur industriel, peuvent développer leurs projets avec une vision long terme sans crainte de voir leur équilibre financier menacé par une hausse brutale des coûts de l’énergie. En bonus, le prix de l’électron en sortie de centrale est en moyenne 25 à 30 % moins cher que celui du nucléaire (rapport CRE), représentant des économies substantielles pour les entreprises consommatrices d’énergie. L’Etat peut mener à bien sa politique de développement économique et de planification énergétique, sans avoir à financer quoi que ce soit. Enfin, les producteurs d’énergie renouvelable peuvent sécuriser la vente de leur électricité sur le long terme et contribuer massivement à nos efforts d’électrification.
Démocratiser l’accès au PPA pour toutes les entreprises
Le marché du PPA reste encore embryonnaire en France. Alors qu’une croissance de +65 % a été enregistrée sur le continent entre 2022 et 20241, la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) soulignait dans un rapport de mars 2025 que le développement des PPA est plus limité dans le pays que chez nos voisins européens. Surtout, les contrats mis en place concernent encore majoritairement les grandes entreprises énergivores. L’enjeu est là : adapter ce dispositif à un tissu économique plus large, en particulier aux PME et aux ETI, pour en faire bénéficier le plus grand nombre. C’est une des mesures avancées par l’ancien PDG d’EDF Jean-Bernard Levy et le conseiller d’Etat Thierry Tuot, dans un rapport remis au Premier ministre début avril. Une première initiative a eu lieu en Nouvelle Aquitaine mi-2025, pour faire bénéficier des avantages de ce type de contrat à un groupement d’ETI industrielles. Les producteurs doivent repenser leurs solutions : vendre des volumes d’électricité plutôt que des actifs, combiner au sein d’un même contrat plusieurs sources de production ( solaire, éolien ) et des capacités de stockage, pour que la courbe de fourniture colle à la consommation réelle de l’acheteur. Une ETI industrielle a des pics de charge inhérent à son activité. Un PPA bien conçu doit embrasser cette réalité. C’est cette génération de contrats hybrides et modulaires qui permettra d’ouvrir le marché à toutes les entreprises, et d’en faire un vrai levier d’électrification du pays. Cela représenterait aussi un atout décisif pour soutenir le secteur industriel qui, plus économe en énergie, serait aussi plus compétitif. L’enjeu est désormais clair : faire des PPA non plus un outil de niche, mais un instrument central de la politique énergétique. Dans un contexte de finances publiques sous tension, ce choix ne relève plus seulement de l’optimisation. Il conditionne, en grande partie, notre capacité à faire du grand plan d’électrification du pays une réussite sur le long terme.