Cette année, la France s'est réveillée couverte de points verts. La petite pastille aux deux flèches imbriquées l'une dans l'autre, qu'Éco-Emballages adopta comme logo à sa création, en 1992, a successivement conquis les emballages donc, puis les piles, les pneus, l'électronique, les produits phytosanitaires, les prospectus et bientôt le textile, en attendant le matériel de soin, les fusées de détresse ou les films plastiques agricoles. Elle ne figure pas sur ces produits, sauf parfois sur le ticket de caisse, traduite en centimes, comme pour les équipements électriques et électroniques (on parle d'écoparticipation). Mais signifie toujours la même idée : que l'entreprise ayant mis le produit sur le marché a, au moins partiellement, contribué au coût de sa collecte sélective et de son recyclage une fois qu'il sera devenu déchet. En l'occurrence en payant une cotisation à ces fameux éco-organismes, chaque secteur pouvant - ou devant, selon les cas - en monter un ( Écofolio pour les prospectus, Adivalor pour les phytosanitaires) ou plusieurs ( Éco-Systèmes, Écologic, ERP et Récylum pour les DEEE). Avec la bénédiction de l'État, qui les conventionne ou les agrée. En reversant leur argent, filière par filière, aux acteurs de la gestion des déchets, dont les collectivités locales en tant qu'organisatrices de la collecte, ces structures mutualisées aux noms si abscons sont l'incarnation, sous des statuts au moins aussi abscons (on y trouve des « SAS à but non lucratif »), de l'encore plus abscons principe de « responsabilité élargie du producteur » (REP). Principe que, dans un temps moins politiquement correct, on prit la liberté d'appeler pollueur-payeur. Le financier parlera plutôt d' « internalisation des coûts ». En 2007, le champ de la REP couvrait 15 millions de tonnes de produits. En 2007, les sommes payées au titre du point vert représentaient, bout à bout, un milliard d'euros. En 2007, votre belle-mère continue d'interpréter la pastille aux deux flèches comme le signe que l'emballage est recyclable.