Il y eut d'abord la flambée des cours du pétrole, entraînant dans son sillage celle des ré-sines plastiques. Il y eut ensuite ce sondage affirmant que le matériau recyclé n'avait plus cette image repoussante d'autrefois, mais au contraire valorisait la marque. Il y eut enfin cette conférence de presse du 7 novembre dernier, où Eco-Emballages et consorts annonçaient leur volonté « d'introduire progressivement jusqu'à 25 % de matériaux recyclés dans les bouteilles et flacons en plastique ». Si cette bonne résolution n'est pas sans lien avec la demande du Grenelle d'augmenter le recyclage (lire encadré), il faut aussi la rapprocher d'une actualité européenne : l'entrée en vigueur d'un règlement harmonisant les « listes positives » de technologies habilitées à conditionner des produits alimentaires dans des matières plastiques recyclées, dont du PET (désormais référencé RPET). Au préalable, pour la France, l'Afssa avait sorti une série de « lignes directrices » définissant les procédures à satisfaire pour emballer avec du PET recyclé (sur la base d'une étude sur de l'eau embouteillée à 25 % dans du PET) sans risque de migration de contaminants.Jusqu'alors, cette liste était assez floue, mais autorisait déjà deux procédés, le Supercycle d'Artenius PET Recycling France (breveté dès 1996 par l'exploitant de l'époque, Amcor, près de Dijon) et le Reseko de Tergal Industries, grâce à une technique dite SSP (solid state polycondensation), à intégrer du PET recyclé dans de l'emballage à contact alimentaire. Ainsi, Tergal vend son Reseko à un fabricant de barquettes transparentes pour viennoiseries, fruits et légumes. « Pour autant, le PET recyclé ne séduisait pas les conditionneurs de produits alimentaires. Nos balles ne partaient pas vers l'emballage, sauf pour certaines marques de liquide vaisselle. Mais là, avec cette autorisation européenne et l'engouement des minéraliers, la demande va fortement se développer », prédit Catherine Klein, chez Valorplast, la filière plastiques d'Eco-Emballages, chargée de racheter les balles triées des centres de tri et de les revendre aux régénérateurs-recycleurs.« Aura-t-on assez de matière ? » s'inquiète même Sylvain Hourquebie, chez Tergal Industries qui, comme son concurrent Artenius, a programmé une extension de capacité. Car la demande des vendeurs d'eau, sodas et jus de fruits sur le marché français est bel et bien là : Evian passe en ce moment au RPET à 25 % pour sa bouteille de 1,5 l (promettant au passage une baisse de 17 % de « l'empreinte carbone » sur le poste emballage et de 11 % sur tout le cycle de fabrication, voir schéma). Chez Danone, Volvic devrait suivre et, chez Nestlé, Vittel aussi. Coca-Cola, qui vend son soda dans du RPET depuis longtemps chez nos voisins, « prépare quelque chose ». Mais c'est surtout la marque britannique de nectars de fruits Innocent qui a créé l'événement en se lançant dans le RPET à 100 %. La marque mise sur l'effet d'image. Mais les économies d'échelle sur les procédés de régénération devraient rendre l'opération financièrement viable. À condition que l'offre de matière suive la demande, sous peine de faire exploser les cours.